HOME TOP BLOG PHOTOS GUIDE

Adriatic Tour 2022

Le tour d'une mer en 8240 kilomètres

Le Voyage


Des chiffres


Saison 5 – Épisode 14 - Introduction

Précédemment, je voyageais avec Hermeline une petite rouquine autrichienne. Délicieuse ballerine qui aimait à caresser l’asphalte pour y dessiner d'élégantes arabesques. Hermeline s’en est allée, ainsi va la vie ! Viktor s’est joint à la famille. Viktor, il n’est pas d’Hossegor, mais il est fort ! Viktor m’a accompagné au Cap Nord d’une main de maître, infatigable et souverain quel que soit le terrain. Viktor c’est un artiste drapé d’une intense volupté. Après quelques années de route, Viktor c’est la meilleure monture que je pilote. Viktor c’est ma moto évidemment ! une KTM 1290 R !

À peine rentré du Cap Nord, fin septembre 2021, je gambergeais déjà sur ma prochaine escapade. Convaincu que le Kazakhstan attendrait encore un peu, le tour de la mer Noire s’annonçait comme une belle aventure. Comme la traversée du Donbas me semblait compromise, fin janvier, j’étais à deux doigts de réserver un ferry qui m’aurait transporté d’Odessa en Géorgie. Je me voyais déjà traverser la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, toucher Bakou et rentrer en longeant les frontières Turco-Iranienne, Turco-Iraquienne et Turco-Syrienne. L’actualité ayant rattrapé mon projet, ma réflexion devait se poser sur d’autres horizons.

C’est d’abord un horizon sable qui s’est levé dans mon imaginaire et le Maroc devenait une évidence avec son immanquable plongée dans le grand sud. A moi, les dunes de Merzouga, Zagora, Iriqui, le Sahara occidental, Laâyoune et Nouakchott - l’Afrique comme horizon, voilà un projet avec du panache. Mais, bien qu’un soupçon téméraire, m’aventurer solo, au cap et sans assistance, dans le désert et longer l’oued Draa me semblait au-dessus de mes capacités. Viktor piaffe d’en découdre avec le désert, il patientera encore un peu.

Cent fois (sans foi aussi) j’ai retourné l’ouvrage sur le métier. Dégoter un compromis entre soif d’hors-piste, mini aventure exotique et découverte, semblait une tâche ardue. Les Balkans semblaient une piste intéressante mais au même titre que de traverser la Roumanie et découvrir la Moldavie. J’ai profité du congé pascal pour faire une reconnaissance rapide au Monténégro afin de sonder l’idée « Balkan » (cf. résumé ). Je suis rentré conquis par la destination, et baguenauder dans les Balkans a attisé ma curiosité.

A partir de mon retour du Monténégro, tout s’est rapidement mis en place. Le tour de l’Adriatique, avec une grosse dose de hors-piste en Albanie et Macédoine du Nord, devenait le projet qui allait me combler. Le tour de l’Adriatique, se fera donc dans le sens horaire. Le 23 mai, je réservais le ferry entre Igoumenitsa et Brindisi. Mon canevas maintenant posé, j’aurai un mois pour ornementer mon périple au jour le jour, en fonction des envies et de la météo.

Conscient du privilège d’effectuer un tel voyage et encouragé par mes proches, je poursuis l’écriture de mon journal afin de partager des instantanés, d'apporter des images par procuration et un peu de poésie, de rêverie et d’évasion.

Le Prologue

Assez fréquemment, on me pose la question : comment prépares-tu tes voyages ? Hélas, il me semble qu’il n’y a pas de réponse universelle à cette question. Mais, je constate que plus tu voyages, plus tu engranges de l’expérience, et surtout plus tu cadres le modèle de voyage qui correspond à tes goûts, aspirations, capacités et attentes. Ceci est particulièrement vrai quand tu réalises des voyages au long court. La façon dont je voyageais il y a dix ou quinze ans est radicalement différente de celle dont je voyage aujourd’hui. Le nœud de la question est de se découvrir soi-même pour toucher son identité et son for intérieur. Hélas, on reste souvent à la surface des choses par contraintes, convention ou facilité. J’ai mis des années à trouver que j’étais certainement un explorateur, éclaireur, chasseur, pêcheur, cueilleur plutôt qu’un agriculteur sédentaire. Explorer, découvrir, m’exposer à des situations inédites, agir et réagir, élargir mon cadre de connaissances sont les éléments qui constituent probablement ma colonne vertébrale et animent mes excursions.

Le contexte est aussi déterminant. Voyager en solo ou en groupe impose des contraintes différentes. Le degré de liberté est proportionnel à la taille du groupe. Personnellement, j’aime adapter au jour le jour mon programme en fonction de ma condition physique, de la météo et de l’envie de l’instant. Le revers de la médaille est qu’il devient alors difficile d’embarquer d’autres âmes dans mon univers. De plus, mes prises de photos ajoutées à mon irrésistible besoin d’expérimenter des routes et des pistes, m’a conduit à développer une «passion » pour le demi-tour, ce qui complique un roulage en groupe !

J’ai cessé de tracer des routes et des parcours et de passer des heures devant l’écran pour me dicter un cadre formaté, déconnecté de la réalité du terrain. Je me fixe un corridor de circulation, d’environ 100 kilomètres de large, afin d’atteindre les points qui dessinent les contours de mon voyage. Mon GPS me sert principalement comme support de carte et pour trouver des adresses ou des points précis.

Plus je voyage, plus je voyage léger. J’ai encore révisé cette année mon équipement que j’ai allégé au maximum sans rien sacrifier la sécurité. J’ai renoncé, pour ce voyage, à la veste moto et opté pour un juste au corps technique qui régule la température, puis un gilet intégral pare-pierres d’enduro (armure) et un maillot de cross. Le gilet d’enduro apporte une protection supplémentaire au niveau du plexus. Il n’est pas exclu l’an prochain je passe à l’airbag si les modules off-road se sont améliorés. Pour le froid, j’ajoute en deuxième couche une fibre polaire ou un duvet. En cas de pluie, j’enfile un coupe-vent imperméable. Pour le bas, bottes et pantalon rallye et surpantalon de pêche en cas de pluie ou boue. Sac à dos étanche pour y mettre mon « Camel bag » et placer mes effets personnels de première nécessité. Je roule désormais avec un masque de cross, mais j’emporte ma visière pour les jours de pluie (l’expérience et avoir le meilleur des deux mondes). L’ensemble a été expérimenté au printemps et cet été avec satisfaction. Pour mes soirées, short, pantalon, 5 tee-shirts et chaussure de trekking. Lors de mes journées de repos, je joue la lavandière. Dans 32 litres de volume (sensiblement un valise cabine), j’ai tout pour 6 semaines de voyage y compris l’IT, la photo et la mécanique.

Je n’embarque pas de matériel de camping. Si vous avez déjà expérimenté, trois jours sous la pluie en moto et ajoutez-y l’épisode camping le voyage vire rapidement du plaisir au cauchemar. Récupérer et bien dormir est important pour moi. Mes voyages en moto se font dans des logements en dur.

La seule réelle préparation est le soin que j’accorde au choix des pneumatiques. Chaque année, en fonction du trajet, j’adapte mes pneumatiques en sachant qu’ils ne dureront généralement que la durée du voyage. Pour mon épopée norvégienne, j’ai opté pour les excellents TKC rocks de chez Continental typés 80% route et 20% off-road. Cette année, la proportion de chemin et piste étant supérieure, mon dévolu s’est posé sur des Mitas E10 Dakar (pneus montés chez Motolux à Livange). Le profil est du type 50% route 50% tout terrain. Outre les crampons qui peuvent mordre dans le sol meuble ou boueux, ils sont renforcés et résistent bien aux basses pressions et aux crevaisons. L’avenir me le dira. J’espère qu’ils résisteront jusque dans les pouilles. Je pense en tirer pas plus de 4000 kilomètres. Je sais déjà que ma journée de repos dans le sud de l’Italie va être consacrée au changement des chaussettes pour mon Viktor.

Globalement, mes journées sont guidées par une certaine routine : petit-déjeuner, 6h à 8h de roulage, puis vers 16h chercher un logement à proximité. J'arrête de rouler vers 17h, douche, atelier écriture, traitement des photos, repas et repos. Je m’accorde un jour de repos tous les 5 jours de roulage.

1) Episode 15 - 27.08.2022 - Luxembourg (LU) - Bodensee (DE) - 423Km

[Map 2022-08-27]

Le programme du jour est assez simple : traverser le parc régional des Vosges puis parcourir la Forêt Noire du nord au sud, et atteindre les rives du lac de Constance (Bodensee) sur sa rive allemande.

Les logos du voyage sont apposés sur le pare-brise et les valises latérales. Petite journée en perspective, j’en profite pour penser et repenser une dernière fois à ce que j'aurais pu oublier. Il est temps d’arrêter de gamberger, je suis fin prêt. Mise à feu à 10h06, l’aventure «Adriatic Tour 2022 » débute !

Cette année, je me suis dispensé d’une longue journée d’autoroute pour débuter mon voyage. Un petit saut de puce du Luxembourg à Saarbrücken. Sous ce temps gris chagrin, le paysage offert n’est pas le plus palpitant. Personnellement, je préfère la splendeur de la cordillère des Andes, question de goût.

De Saarbrücken à Haguenau, les routes que j’emprunte sont plaisantes. Une parfaite mise en condition. Je profite de passer par Bitche. Le « e » à la fin donne encore plus une consonance franglaise. Outre le nom qui doit bien amuser les anglophones, la citadelle qui domine la ville est un message clair aux voisins germaniques qui sont à un gros jet de pierre - « Mein Gott das ist kolossal ». Je traverse un nombre de villages où il vaut mieux ne pas être enrhumé pour les prononcer. Près de Éguelshardt, je vois un troupeau de yacks poilus à frange qui m’étonnent. Je serai bon pour faire un demi-tour et faire des photos. Les bêtes ne sont pas farouches et prennent la pose volontiers.

Pas de bon voyage sans prendre un bac ou un ferry. Je profite de l’occasion pour traverser le Rhin à Drusenheim. Cerise sur le gâteau : le bac est gratuit. Je profite pour m’équiper en mode pluie. Quelques gouttes font leur apparition et au loin la météo sur le massif de la forêt noire est menaçant. Même si je pensais que c’était un peu prématuré, ma décision se révélera très judicieuse.

Un fois le bac passé, Rheinmünster m’accueille par de superbes maisons à colombage du début du XVIIIème siècle. Adossé au village, la forêt noire se dresse, imposante, dominante, signée d’une fière barre verte. La brume s’étire sur la cime des arbres et apporte une touche féérique, cotonneuse. De Bühl à Freudenstadt, même sous la pluie, la route est toujours aussi superbe. La pluie : c’est premièrement une petite douche pour tester l’équipement, puis une volée d’orages pour vérifier l’étanchéité du matériel et finalement les seaux d’eau pour expérimenter la fonction scaphandrier ou sous-marinier de ton équipement. Je confirme, Viktor et le pilote sont étanches. L’expérience aquatique cesse au pied de la baroque Freudenstadt.

Un peu avant Rottweil, je vois au loin une grande torsade sortie de terre ; on dirait un biscuit apéritif géant. De loin, l’architecture est déroutante. Plus je me rapproche, plus ma curiosité est aiguisée. Je décide de faire un détour pour découvrir cette bizarrerie. Il s’agit de la “ TK Elevator Testturm “ qui mesure 246 mètres de haut. L’édifice est surmonté d’une plate-forme panoramique spectaculaire, dixit le panneau à l’entrée. Je ne sais pas si c’est utile, mais, en tout cas, c’est impressionnant.

Je ne suis pas mécontent de sécher et me réjouis d’avance des 40 kilomètres d’autoroute qui me rapprochent de Constance. C’est beau l’optimisme ! Une fois l’échangeur négocié, se dresse de devant moi une barre noire à l’horizon qui ne présage rien de bon. C’est comme si tu sais que tu vas prendre la première et deuxième ligne des All-Blacks dans le buffet ! Il ne fallait pas être un grand clerc pour le deviner. Je pense que des palmes ont dû pousser sur Victor pour traverser cet épisode nautique. Je double quelques rares motards qui semblent bien à la peine dans cette grande pataugeoire. Viktor doit être Poisson comme signe zodiacal pour dominer la situation si facilement.

Pour faire passer ces moments un peu pénibles, me vient en tête « Walk the line » de Johnny Cash. Titre que j’ai redécouvert très récemment. Les nuages viennent peut-être pleurer tout le sens de cette chanson, qui sait ? À une trentaine de kilomètres de Constance, comme par enchantement, la pluie cesse et la route est extraordinairement sèche.

Avant de regagner mon logis, je fais un crochet par le bord du Lac de Constance. J’ai toujours trouvé que cet endroit est bercé par une douceur unique et saupoudré d’une touche de romantisme irrésistible. Difficile de ne pas se faire happer par tant de grâce. Même sous un ciel de triste mine, la lumière est différente, elle ne se pose pas, elle caresse le paysage. L’adagio du concerto n°3 en D mineur (BW974), de Johann Sébastien Bach et Alessandro Marcello, qui pour moi touche une forme de perfection musicale, se marie à merveille avec les lieux. Comme cette statue, sur ce promontoire, l’harmonie de cette musique et des lieux pourraient me pétrifier à tout jamais si je m’attarde un peu trop.

Cette belle journée de mise-en jambe m’a gratifié d’un peu tout. De belles vibrations positives présagent de belles choses. Pour conclure, je vais parler chaussettes. Pas les miennes, celles de Viktor ! Je pensais qu’avec de tels crampons, j’allais avoir l’impression de piloter un engin chenillé qui allait me donner une conduite sautillante. Que nenni ! Pas de vibration notoire, tout est confortable. La tenue de route sur le sec et la pluie très correcte pour ce profil de pneu. Le bruit de roulage ne me paraît pas très marqué (même si sur ce sujet je ne suis pas le meilleur expert). Ces Mitas E10 Dakar sont une réussite et siéent fort bien à Viktor.

Hello, c’est le narrateur de l’histoire, qui souhaite intervenir et s’adresser au scribouillard de cette prose. Oui, que se passe-t-il cher narrateur ? L’histoire des chaussettes de Viktor, on s’en tape le coquillard mon ami. Écoute-moi bien ! « Môsieur » le narrateur, le scribouillard, lui, il va finir le paragraphe, aller se restaurer dignement et toi tu vas sagement dormir sur cette page et on reparle de tout ça demain. Ohlala, je suis fatigué, je ne savais pas que nous étions si nombreux pour ce voyage : me, myself an I et maintenant il faut ajouter le narrateur. Je ne vais pas avoir assez de place pour accueillir tout ce monde, moi !

2) Episode 16 - 28.08.2022 - Bodensee (DE) – San Martino in Passiria (IT) - 337Km

[Map 2022-08-28]

Journée de transition avant d’atteindre le bord de l’Adriatique. Après avoir longé le lac de Constance, jusqu’en Autriche, je pensais prendre la route vers Cortina d’Ampezzo. La météo me semblant encore incertaine, je décide d’entrer en Italie par Curon Venosta où la fenêtre météo semble plus stable.

Avant de traverser l’Autriche occidentale, je flâne le long de la rive du lac de Constance. Je profite de ce doux rivage. Ami lecteur, si la poésie ou le romantisme échappe encore à ton âme, viens goûter, un jour, à la saveur des lieux. Laisse-toi simplement imprégner de l’atmosphère. Imagine, juste un instant, comme ce matin, être passager d’un des deux dirigeables qui croisent au-dessus du lac. Imagine être un instant mi-oiseau, glisser sur un air feutré, te sentir en apesanteur, jouir intensément de la vue et, confortablement installé dans un siège, siroter une boisson agréable. Plus simplement, moi, du sol, je contemple le spectacle de ces géants des airs près de l’académie Zeppelin et rêve. Je laisse le temps s’égrainer, vivre n’étant pas le privilège de tous « ego praesentis temporis frui ». A Landau (berceau du Bodensee !), j’ai l’impression de passer la frontière germano-autrichienne en catimini. Viktor revient sur sa terre natale pour la première fois. La bête se sent pousser des ailes.

Ce n’est pas la première fois que j’explore la partie occidentale de l’Autriche. Pour faire court, si tu as un goût salé, l’Autriche c’est comme une planchette de Pata Negra grand cru, assortie de coppa de haute voltige, le tout arrosé par un Priorat. Si tu es sucré, c’est un framboisier ou un Saint Honoré, dégusté avec un Château Yquem ou un bon Jurançon. Voilà, la messe est dite ! C’est bon, c’est un délice pour les yeux et exquis pour le pilotage. L’Autriche, c’est une caresse sur ton âme. De Lech à Warth, le vert et le bleu se marient ; l’eau, la terre, le minéral se conjuguent à merveille, c’est beau, c’est bon, c’est tout. La sobriété s’impose quand une nature remarquable se dresse devant toi ! Plus j’avance dans la journée plus le bleu est présent et surtout le temps est sec – alléluia !

Entre Au et Warth, j’emboite le pas à un Suisse légèrement énervé. C’est un préjugé, mais je ne pensais pas que cela existait. Sur son roadster, le gaillard s’active et se déhanche pour mettre du rythme. Je reste dans sa roue pour voir jusqu’où je peux compter sur mes pneus. Arrivé au sommet du col, nous "checkons". Tout va bien, mais je dois tirer mes pneus jusqu’à Bari ! La déviation à Landeck me fait croiser un groupe de luxembourgeois qui sort d'une station en Harley, trike ornementé de drapeaux du pays, et autres deux-roues. Nous nous saluons avec enthousiasme. Nos routes se séparent avant la montée vers la frontière italienne.

Je bascule en Italie à Curon Venosta. Officiellement, j’ai passé la frontière mais « camere » reste « zimmer » ici. La langue de Dino Buzzati ou de Dante n’est pas arrivée jusqu’ici. Ou alors à pas de loups. J’aime mettre ce point en exergue avec mes amis Italiens. Quelle différence entre ce bout d’Italie ou la région de Bolzano, et les salines de Trapani ou le fond des Pouilles. J’imagine le problème d’administrer au sein d’une même république ces régions. Je trouve l’écart plus marqué qu’en France. Honnêtement, la taille de la lame d'un chasse neige ne doit pas être la première occupation d’un habitant de Trento par exemple – non ?

Curon Venosta a la particularité touristique d’avoir un clocher immergé. Les Italiens ont trouvé un moyen radical de traiter le problème de la religion en noyant l’église – un peu radical, mais pas si con. Pour l’histoire, un barrage hydroélectrique a été construit avec comme effet collatéral de noyer un village et son église. La particularité, c’est que seul le clocher émerge des eaux. Ce qui en fait une attraction cocasse. C’est un peu comme si un baptême orthodoxe par immersion avait mal tourné. J’avance, le trafic est assez dense en ce dimanche. Cela rend le roulage haché et fatiguant.

La descente vers Malles Venosta permet de profiter de la vue sur l’imposant dôme de glace du Grand Zebru. Spectaculaire massif montagneux. Aujourd'hui, je vais me dispenser de gravir le col du Stelvio, cela sera fait sur le chemin du retour. Le col du Gavia sera aussi de la fête. Fin septembre, le paysage sera peut-être peint d'un blanc nouveau.

La vallée qui conduit à Merano est tapissée de pommiers. C’est étonnant, il y en a partout ! C’est aussi dense que la vigne en plein Bordelais. Le long de cette route sont accrochés de nombreux forts, monastères et d’improbables fermes, tous suspendus à la montagne. Le panorama rend le roulage plus agréable et la température monte en flèche. Je suis passé de 16°C vers Warth, à 31°C à Merano. Je traverse Merano, son centre historique et son magistral hôtel, le Palace. Petite pause pour définir ou je vais loger ce soir. Mon choix me conduira à San Martino in Passiria à la « MartinerHof’s ». Ciao Italia, ce soir c’est pizza, RAI et dodo !

3) Episode 17 - 29.08.2022 - San Martino in Passiria (IT) – Lido de Jesolo (IT) – 387 km

[Map 2022-08-29]

L’épisode du jour me conduit au point zéro de mon aventure.

Sur les 387 kilomètres parcourus aujourd’hui, si je retranche les derniers 120 kilomètres sur autoroute et nationale et les 60 kilomètres pour atteindre le nord de Bolzano par l’autoroute, j’ai donc fait exactement 207 kilomètres de « virlos » (virages, cols, épingles, en langage motard). Comment dire : je suis heureux, comblé et aux anges. Ce fut un régal. Une journée dense, où tout se déroule comme sur une partition. La nature à la baguette, les routes comme orchestre, Viktor chef de cœur, et moi spectateur. Certes, j’ai dû m’employer pour rester concentré et distiller un bon pilotage, il n’y avait pas de place pour l’approximation.

Les buffets qui composent le petit-déjeuner de l’hôtel, sont variés et très bons. Je me laisse aller à un peu de charcuterie. Parmi quelques tranches de saucisson, se cachait « under-cover » un chorizo pimenté qui ferait passer le piment d’Espelette pour des Smarties. Cette explosion de parfums m’a soudainement réveillé, bien plus que le double expresso qui allait suivre.

Après un début de journée qui émoustille le palais, tout va commencer par ce Sud Tyrol italien. Sincèrement, si l’Autriche annexait ce bout d’Italie, mon paragraphe d’hier, décrivant l’Autriche, s’y appliquerait aussi. Je débute par le passo Giovio (Jaufenpass – SS44) et ses 2094m. Une fois au col, l’idée germe en moi d’une boucle partant de Solden, qui consisterait à franchir le Rondo, le Giovo, le Gavia, le Stelvio, à basculer en Suisse, puis à retourner à Solden - beau projet ! Les plus téméraires pourraient faire cette boucle par une nuit de pleine lune, et graver un souvenir immortel dans leurs annales de motard.

Cette mise en jambe rapide m’a mis dans le bon tempo pour toute la journée. La météo est fantastique, la température optimale, ce qui rend le plaisir plus intense. En fonction des routes et du revêtement, j’arrive à faire les réglages de suspension à la volée de manière optimale. Résultat : la moto épouse incroyablement bien le relief de la route - bon feeling. J’apprécie de plus en plus ces petits réglages manuels, parfois empiriques, qui rendent ma route plus agréable. Je pense que j’aurais du mal à retourner aux suspensions pilotées, même si ces dernières offrent souvent de très bons compromis.

Une fois cette gourmandise matinale dégustée, j’emprunte l’autoroute pour descendre rapidement vers Bolzano. Là, je m’engage sur la route qui va vers Tires. Ce qui me fait pénétrer dans les Dolomites. La géologie change. Les caractéristiques typiques des montagnes des Dolomites s’imposent. D’immenses murs de dolomie dont la crête est tantôt déchiquetée ou pointue comme des canines, se dressent abruptement. Cela me fait penser à la petite annonce matrimoniale « Carie cherche dentiste pour poser couronne ». Sur le même thème, il existe, en France, un projet de dentier pour les Bouches-du-Rhône.

Le spectacle offert par les Dolomites est saisissant, unique et sublime. Le manège à bascule continue avec le « passo Rolle » et la SS347 qui ficelle cette journée de manière savoureuse. Une fois Polpet atteint, l’autoroute et la vallée du Pô semblent bien fades. Mais après le Tyrol et les Dolomites, difficile de soutenir la comparaison.

J’arrive à Lido de Jesolo. Ici commence réellement mon périple. Je baptise l’endroit « point zéro ». Normalement, le 21 septembre, je repasserai ici même, afin d’achever le tour complet de la mer Adriatique. Je suis accueilli par Luca, motard lui-même qui parle un très bon français. Nous sympathisons rapidement. Il semble émerveillé par mon aventure.

A peine arrivé, je saute dans mon maillot et vais à la plage pour faire quelques brasses. Le profil de la plage est particulier. Il faut marcher 100m pour avoir de l’eau jusqu’à la poitrine. Puis on perd pied dans une petite cuvette. Le profile remonte ensuite et on a pied pendant une vingtaine de mètres. L’eau est divinement bonne en cette fin de saison. J’y suis rentré comme dans mon bain !

Je descends au bar de l’hôtel pour rédiger mon journal. Je profite de la « Passeggiata ». La ville de Lido de Jesolo est organisée en deux parties : un front de mer dédié à la plage où seuls demeurent des champs de parasols et des paillotes. Dans la rue parallèle au frond de mer, se situe une rue commerçante, piétonne à la nuit tombée, qui concentre l'activité touristique de Lido de Jesolo.

4) Episode 18 - 30.08.2022 - Lido de Jesolo (IT) – Cres (HR) – 353 km

[Map 2022-08-30]

Aujourd’hui, je longe la côte adriatique et m’enfonce vers le sud en Croatie.

Au départ de Jesolo, je m’emploie à suivre au plus près la côte. Mais l’urbanisme des sites de villégiature sont construits perpendiculairement à la côte. Il n’y a pas à proprement parler de route côtière transversale. A ce petit jeu, le temps passe rapidement et mon compteur kilométrique ne défile pas beaucoup. Je passe un peu plus à l’intérieur des terres. Le paysage est désespérément plat. Même une limande a plus de relief ! Cela tranche avec les jours passés. Pour consolation, les routes nationales que j’emprunte, sont bordées de platanes et de cyprès comme jadis. En résumé, entre le trafic routier dense et la monotonie du paysage, les cent premiers kilomètres de ma journée ne sont pas très palpitants.

Je fais une halte au Lidl du coin pour briser la monotonie. Ce Lidl, c’est la cour des miracles. Trois Anglais avec des tronches et une dégaine impossible tout droit tirés d’une bande dessinée, remplissent soigneusement le caddy de vins et de bières. Je devine le programme de la journée et de la soirée. Une famille qui négocie sec le menu ; quel bonheur, soit dit en passant, d’être en vacances et de se taper les courses à 10h au Lidl – le comme à la maison pendant les vacances – ça me dépasse un peu. Un mec qui marche avec une seule tong. J’oublie certainement d’autres barjots et d’autres profils atypiques. C’était assez bigarré, tendre et drôle. Remarque que moi, en armure de motard casque à la main, c’était pas mal non plus. Bon les micro-emplettes étant effectuées, j’avance.

Les choses s’arrangent à partir d’Aquiela. Les vestiges d’un fort romain marquent l’entrée de la ville. Quelques colonnes se tiennent encore fièrement debout. D’autres ruines et vestiges sont encore apparents vers le centre et se visitent. Plus loin sur ma route, l’accès à Grado m’avait interpelé en regardant la carte. Pour y accéder par le nord, la route est bordée à droite et à gauche par la mer. La route semble construite sur une digue. L’effet est saisissant. L’eau est parfois verte, turquoise ou indigo ; c’est un bel instant. Je pousse ma route pour explorer la punta Sdobba. Un bout de terre qui a son charme, entre canaux façon marais poitevin et quelque chose d’hybride entre ciel, terre et mer.

L’arrivée sur Trieste (Trst en slovène, si tu enlèves les voyelles aux mots c’est un truc à perturber un finlandais) par le bord de mer, offre un panorama intéressant avec sa vue dégagée sur la rade. Les vacanciers profitent du soleil ou se relaxent allongés sur les pelouses à l’ombre des pins parasols. Plus loin dans la ville, ce sont des yachts de luxe qui mouillent dans le port ou d’immenses paquebots qui sont amarrés aux quais. Trieste semble une ville cossue.

Je franchis la frontière slovène. Les habitations deviennent plus clairsemées, la pression touristique semble moins présente. C’est d’un coup plus agricole, plus vert, un goût de cool. Le poste frontière croate est en vue. Je remonte la longue file de voitures. Un panneau indique "contrôle des passeports". Le douanier derrière sa guérite me fait signe d’un geste de la main de passer. J’espère que toutes les frontières seront franchies avec autant de facilité.

L’heure est déjà bien avancée, je prends un peu d’autoroute pour faire du cap rapidement vers le sud. Je renonce à aller jusqu’à Pula. Cela m’évite la blague qui n’amusera que les roumains « Pula, ma que pizza buona». Je coupe ma route pour aller directement à Brestova et prendre le ferry pour Porozina afin de passer la nuit à Cres. Choix judicieux, car ce chemin de traverse offre un parcours assez sinueux qui me plaît.

En allant vers Cres, j’ai l’intention d’attraper, demain, le dernier ferry de la saison, qui assure la liaison régulière entre Mali Losinj et Zadar. Cela me ferait gagner un temps précieux au lieu de longer toute la côte croate. Le problème c’est que la version anglaise du site de la compagnie de ferry, et, l’application Rome2Rio ne sont pas d’accord. Je demanderai à l’hôtel le fin mot de l’histoire. En cette fin de journée, la mer ressemble à de la flanelle argentée, une robe de soie bleu qui scintille. Un éclat si puissant qu’il tapisse le ciel d’azur.

La route entre le débarcadère et Crest est une petite merveille. Au sommet du col qui mène à Cres, sur la crête, la route offre en même temps une vue sur les côtes est et ouest. Avant de prendre possession de la chambre, je demande à la réceptionniste si, demain, le ferry pour Zadar est toujours programmé. Elle m’informe que sur le site en croate les dates de rotations ont changé hier et qu’il n’a plus de ferry pour Zadar sauf deux jours pas semaine. Donc patatras, mon plan « Zadar express » tombe à l’eau. Je vais devoir m’infuser la « main land » comme ils disent ici.

Les jardins de l’hôtel, parsemés d’oliviers, de pins parasol descendent jusqu’à la mer. En cette fin de journée, les senteurs maritimes mélangées à ces essences méditerranéennes donnent une sensation de bien-être et de sérénité.

La salle de restaurant de l’hôtel est immense. Avec leurs dessertes, les serveurs s’affairent à envoyer au moins 150-180 couverts en demi-pension. La brigade (une armée) que j’aperçois au bénéfice d’un battant de porte ouverte, s’affaire vivement. Il y a un petit air de Yougoslavie. L’hôtel est rénové aux standard modernes, mais j’imagine bien les lieux, au temps de la Yougoslavie, peuplés d’apparatchiks ou de touristes occidentaux avisés.

Parfois, en observant son environnement, certaines scènes sont irrésistiblement drôles et provoquent une hilarité intérieure jubilatoire. Pour mon souper, je suis installé près de la porte de sortie qui conduit aux chambres de l’hôtel. Une dame, à la maturité bien avancée, marche fièrement, arborant un beau sourire, une mine bien joviale et tient une assiette à dessert dans ses mains. Sa démarche pleine d’entrain, sa joie, sa pétulance, m’ont fait penser immédiatement à la photo de Robert Doisneau, de l’enfant portant deux bouteilles de vin sous chaque bras. Le comique de l’affaire, c’est que dans l’assiette à dessert, Madame, transportait une belle banane de beau calibre. Sans malice, j’aurais pu lui souhaiter « gute nacht fräulein ! ». Sur cette pitrerie, j’achève mon journal et vais dormir du sommeil du juste.

5) Episode 19 - 31.08.2022 – Cres (HR) – Lozovac (HR) – 249 km

[Map 2022-08-31]

L’objectif de la journée est de m’avancer le plus possible vers le sud de la Croatie.

Cette journée a un air norvégien, avec 20 degrés en plus, et trois ferries au programme. Cela doit rappeler des heures norvégiennes à Viktor. Les deux premiers s’enchaînent avec 30 minutes de batement. Si le timing n’est pas bon, je suis bon pour un détour de 115 kilomètres par le « main land ». Normalement, j’ai 30 minutes de battement, donc tout devrait bien s’emmancher. Évidemment, la vie est ce qu’elle est. Mais comme je suis en veine, tout s’enchaine parfaitement. Petite remarque: sur les ferries, les paiements se font en cash, pas de paiement électronique. Un bon moyen pour ne pas dépenser à bord.

Rejoindre l’embarcadère du premier ferry permet tout juste de chauffer les pneus sur une volée de virages. Le deuxième ferry me fait arriver sur l’île où se trouve la ville de Lopar. Cette île présente deux visages : sa côte sud-ouest verdoyante, et son versant nord-est rocailleux, sec, sans végétation voire inhospitalier. Attendre le ferry, même 15 minutes, par 31° C dans cet environnement, ressemble plus à la fournaise de Belzebuth qu’à de gentilles vacances sur la côte. Une fois que j’ai touché le « main land » à Misnjak, je remarque que 4h après mon départ, j’ai seulement parcouru 38 kilomètres. En revanche, je me suis reposé, j’ai sauvé la planète en rejetant moins de C02, (Ô ma Greta j’ai fait ça pour toi !), les dauphins et les ours polaires seront contents, et surtout j’ai épargné mes pneus. J’ai aussi fait environ 20 miles marin (36 kilomètres). Une fois sur le « main land », je découvre une végétation de chênes clairsemés, bas, calés dans la roche calcaire, et roussis par un soleil ardent. La nature semble tendue et en survie. La moindre étincelle et tout peut partir en sucette.

Je poursuis ma descente, et me régale de la route côtière de Cesarica à Modrič. Cette route, c’est 64 kilomètres de virages. Mer à main droite, pour apprécier le spectacle au plus près, eau incroyablement cristalline, quasi hypnotique, des camaïeux de vert-émeraude et des dégradés de bleus à donner le tournis. Le tableau est complété par de petits hameaux blottis dans des criques, ou par de discrètes plages qui attendent le baigneur. C’est comme jeter un enfant dans un magasin de jouets ou plonger dans un pot de confiture. C’est l’ivresse des grands jours. J’en oublie presque cette chaleur intense. Sur la journée, j’aurai consommé 3 litres d’eau.

Après cet épisode, je biffurque à Modrič pour faire l’ascension du col de la « Libinjska kosa ». J’ai découvert cette route « off-road » car elle figurait dans le tracé du KTM Rally Europe. Comme les préparateurs ont généralement bon goût, j’ai pensé que c’était bien d’essayer. KTM avait gratifié cette route de deux piments sur une échelle qui va de 1 piment à 3 piments. Si un jour vous souhaitez faire cette route, venez avec des pneus bien cramponnés et costauds car le terrain est (très) exigeant. Les stigmates de cisaillement sur mes pneus en attestent. Sur les 32 kilomètres, il y a 20 kilomètres de pierraille qui roule sous tes pneus. Certes, certaines portions sont facilement négociables. Je suis sorti de ma zone de confort de « conduite route » pour en revenir aux fondamentaux de la conduite off-road, afin que ce moment soit un plaisir. J’ai pris ce moment, en configuration voyage (chargé), comme un test avant l’Albanie et la Macédoine du Nord. Je m’auto-valide mon niveau intermédiaire en « off-road / trail ». On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Mais le héros de l’affaire, c’est évidemment Viktor : suspension de feu, moteur du tonnerre et agilité incroyable – C’est surtout le pilote qui doit monter le niveau pour tirer la quintessence de cet incroyable destrier, car sincèrement c’était pas de la tarte !

Après cet interlude « off-road », je souhaitais descendre jusqu’au niveau de Split. Le GPS me fait couper par la pampa pour regagner l’autoroute. Certaines des routes que j’emprunte ont été grattées, étrillées, et sont marquées de profondes stries longitudinales. La démarche vise soit un resurfaçage de la chaussée, soit éviter aux motards de conduire vite. En effet, la présence de stries donne une conduite floue en moto et rend la prise d’angle inconfortable. Après mon escapade « off-road », qui m’a fait balader ma roue avant dans tous les sens, rouler sur cette route scarifiée ne m’a procuré aucune sensation de difficulté. La roue avant bouge, et alors ? J’ai appris quelque chose de nouveau et de très utile.

L’heure avance et je renonce à prendre l’autoroute. Je me dégote un petit hôtel dans les environs pour passer la nuit. Il me reste une poignée de kilomètres avant d’arriver, quand une vieille camionnette fait une brusque embardée et vient sur ma voie de circulation. J’ai juste le temps de faire un évitement d’urgence et aller rouler dans le bas-côté. J’entends les crissements de pneus de la camionnette. Deux marcheurs qui étaient à contre sens, ont mis les mains sur la tête et l’un me montre avec ses doigts que c’est passé près. Tu parles Charles ! C’est moi qui étais à la manœuvre et j’étais aux premières loges ! Je regarde dans le rétroviseur, la camionnette est toujours arrêtée au milieu de la route tout va bien. La routine du motard. C’est le nième homicide contre moi-même que j’évite, mon escadrille d’anges veille sur moi, merci à eux !

Une bonne douche, un bon repas et ma routine me fait entrer dans une autre dynamique : celle d’avoir apprécié de prendre les ferries, d’avoir adoré cette route côtière, d’être heureux de ne pas être trop rouillé en conduite « off road » engagée et d’avoir appris encore plein de petites choses qui font qu’aujourd’hui je suis meilleur qu’hier !

6) Episode 20 - 01.09.2022 – Lozovac (HR) – Neum (BIH) – 226 km

[Map 2022-09-01]

Le plan de la journée est de quitter la Croatie et d'avancer vers la Bosnie-Herzégovine.

Baptiser le premier septembre avec beaucoup d’eau est certainement une belle idée. Certes, les ronds dans l’eau, qui se reflètent sur le sol du balcon, forment de belles figures géométriques mais cela ne m’enchante guère. Je regarde la météo, je tempère, mais le problème est insoluble (si ce n’est dans l’eau !). La bonne nouvelle, il fait 20°C. Comment perdre 12°C en 6 heures ! Dans un corridor de circulation qui me conduira en Bosnie-Herzégovine, je vais passer dans tous les cas à la machine à laver.

Le ciel est gris, le plafond bas, et la visibilité pas terrible. Je décide de faire route vers la frontière par l’autoroute et j’aviserai quand je serai au nouveau pont, inauguré par les Croates, il y a tout juste un mois, pour désenclaver la partie sud du Pays. Avec l’eau qui tombe, je me dispense de la visite des cascades de Lozovac. J’enfile 180 kilomètres d’autoroute sous des averses ininterrompues, ponctuées de deux solides orages avec éclairs, tonnerre et tout le tintouin. C’est beau, mais j’ai une envie assez moyenne d’expérimenter le foudroiement - ça pétarade et ça claque dans tous les sens.

J’arrive au « Peljesac Bridge », ouvrage d’art tout neuf, à l’architecture fluide et gracieuse, ouvert à la circulation le 26 juillet dernier. Le passage est gratuit. Je fais une pause pour prendre la photo et aviser de la suite des évènements. Dans ces conditions où il est difficile d’apprécier le paysage, où le plaisir de conduite est minimum, la solution la plus sage est d’arrêter les frais et d’attendre des jours meilleurs – c’est-à-dire demain ! J’abandonne l’idée de pousser ma route jusqu’à Trebinje. Je cherche un hôtel dans les parages. J’irai donc crécher à Neum, à la frontière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. L’avantage, c’est que je passe la frontière ; c’est toujours cela de fait !

La frontière se passe comme une lettre à la poste. L’hôtel dispose de toutes les facilités : salle de sport, sauna, hammam, piscine semi couverte, c’est confortable. L’accès à la plage se fait par un long tunnel. Si tu vois deux petites filles au fond, façon « Shinning », tu peux galoper. Le plus étonnant, ce sont les portes servant à verrouiller le tunnel. Elles sont imposantes, en acier, et font 80 centimètres d’épaisseur. L’hôtel est bâti au-dessus d’un abri qui était utilisé pendant la guerre, et qui a été reconditionné pour des fonctions plus pacifiques.

Le repas du soir sera fait au buffet. Deux groupes « Fram » ont envahi les lieux, et les piranhas sont à l’œuvre. Si tu as le malheur de te retourner une seule seconde quand tu veux te servir, le plat a été liquidé - spectaculaire.

Le côté positif de la journée, c’est que la météo fut exceptionnelle hier pour profiter des beautés de la Croatie, et, m’a permis, aujourd’hui, d’avoir une demi-journée de détente et de repos.

7) Episode 21 - 02.09.2022 – Neum (BIH) – Zlatibor (Златибор) (SRB) – 358 km

[Map 2022-09-02]

La journée de hier étant oubliée, mon chemin me conduira en Serbie afin de traverser, demain, le Monténégro du Nord au Sud et atteindre Kotor.

Le paysage du jour se décompose en deux tableaux : un premier campagnard, qui ressemble parfois au Languedoc entre Axat et Quillant, et un deuxième plus montagneux, quasi alpin. La moitié de ma journée est digne d’un ORL, car je passerai essentiellement mon temps dans des gorges.

Une fois éloigné de la zone touristique du front de mer, après Stolac, je bifurque à Berkovići pour me faire un petit trail. Avec les pluies de la veille, l’idée d’affronter une piste boueuse m’a traversé l’esprit. Jusqu’à quel point vais-je expérimenter « Holiday on Ice » ? Comme la roche est calcaire, je me dis que ce sera du gâteau. Pas faux, mais la montagne a deux versants. L’autre versant est plus terreux, mais roulant et sûr. Après ma piste rouge avant-hier au-dessus de Zadar, cet épisode « off-road » avait des airs de gentille piste bleue. Je l’ai enchainée avec un bon rythme et un large sourire sous mon casque. S’extraire des grandes voies de circulation permet de voir un autre aspect du pays. Apprécier des fermes et des hameaux isolés. Des vies certainement plus modestes, mais où tout semble serein et sans tension. Des gamins font un geste de la main à la vue de la moto, d’autres font un signe du poignet pour faire rugir le moteur. Je m’exécute. Ces petits instants leur arrachent un sourire ; moment simple, une pincée de bonheur qui fait plaisir. Qui sait, dans quelques années un de ces gamins gardera en tête l’image d’une moto orange avec un gaillard dessus, et il deviendra peut-être lui aussi un voyageur.

Avant Gacko, je remonte une gorge, un val à l’eau cristalline. L’eau glisse comme des jours heureux au fond de ce vallon. Le temps musarde dans le lit de la rivière qui serpente au gré du courant. Seuls les nombreux cimetières et mausolées qui bordent la route, rappellent d’autres temps plus troubles. Le poème « le Dormeur du Val » me vient en tête. Étrange sentiment qui mêle à la fois tristesse et beauté des lieux.

Gacko m’accueille avec son imposante centrale thermique. Le charbon est extrait d’une gigantesque mine à ciel ouvert attenante. J’essaye de trouver un point de vue pour mesurer l’étendue de l’exploitation. Tout est verrouillé, pas moyen d’apprécier le chantier.

De Gacko à Foča, ça tournicote comme j’aime. A Goražde, certaines maisons non rénovées ou à l’abandon ont encore les stigmates de la guerre. Certaines façades sont encore criblées d’impacts de balles – flippant.

Une particularité que l’on retrouve dans les Balkans et en Dalmatie, ce sont les nombreux vendeurs le long des routes. On trouve de tout : des classique fruits et légumes de production locale aux breuvages divers, aux miels, la liste est infinie. Le plus amusant est le vendeur de cèpes. Le meilleur étal - le capot de sa Volkswagen Golf. J’ai une terrible envie de canard rôti aux cèpes, moi, maintenant !

Le passage de la frontière offre toujours son lot de situations cocasses. Le douanier serbe me demande mon passeport, et me montre la moto en me disant « France » ; je dis « non, Luxembourg ». J’ai visiblement fourni la mauvaise réponse. J’ai droit à un « Dokument bitte». Je donne mon porte document avec les papiers de la moto. Il l’ouvre, et tombe la carte d’assistance de KTM, qu’il regarde avec attention. Cela semble visiblement lui suffire. Me voilà rassuré, la prochaine fois je vais essayer avec un vieux ticket de caisse du Cactus, on va voir !

Il y a trois ans, lors de mon Olive Tour, je franchissais la frontière roumano-serbe au nord-est du pays. Le contraste avec le sud-est du pays est saisissant. Je me souviens d’un plat quasi hollandais à la douceur quasi zélandaise, alors qu’ici c’est une vision alpine qui me reçois. Pas vraiment le même pays. Le final pour atteindre Zlatibor est superbe ; la brume vient s’ajouter au voyage. La température à mille mètres d’altitude est de 13°C. Ça dégringole sérieusement en deux jours, cette histoire de température. J’ai passé 350 kilomètres très agréables, à rouler sur des routes secondaires bordées d’un paysage savoureux. Une région à apprécier à nouveau, lors d’un prochain voyage.

8) Episode 22 - 03.09.2022 –Zlatibor (Златибор) (SRB) – Kotor (MNE) – 382 km

[Map 2022-09-03]

La journée se présente bien. Certes, le ciel est encore un peu tristouille à Zlatibor, mais plus je vais m’approcher de la mer, meilleure sera la météo.

Avant de partir, je décide de faire le plein, et m’impose un cas de conscience. Ma dissertation philosophique porte sur l’éthique versus le pragmatisme. Il est tout juste 10h du matin. Je trouve que c’est une bonne entrée en matière pour mes neurones. Rebonjour, c’est le narrateur, qui souhaite à nouveau intervenir : « Oh dis ! Tu ne vas pas nous la jouer un soupçon prise de tête pour ce premier paragraphe scribouilleur ? ». Écoute, cher narrateur, c’est de la plus haute importance. Voilà le dilemme : tu n’as pas beaucoup d’essence ; la première station qui s’offre à toi est une Gazprom, avec le problème que tu finances indirectement la guerre en Ukraine. Tu fais le plein, ou tu cherches une autre station dont l’origine du pétrole ne serait pas russe (en Serbie ce n’est pas une histoire gagnée d’avance), avec le risque de pousser la moto des kilomètres pour des principes. Le pragmatisme l’a emporté fissa, je ne pousse pas – moi !

Zlatibor est une drôle de ville. C’est une station de ski de moyenne altitude, avec de petites remontées. Il y a une foule d’activités pour touristes, du karting, au quad en passant par la visite d’un Dino Parc, tout est possible. L’autre particularité, c’est que la ville se construit de toute part. Surement « the place to be » pour les Serbes.

J’avais deux solutions pour rejoindre la frontière monténégrine : la route principale ou une route de montagne parallèle. Mon choix se fixe à la dernière seconde, et j’opte pour la parallèle. Même sous un ciel gris, j’ai l’impression de parcourir un plateau kenyan. Au loin, surement Meryl Streep m’attendra comme dans « Out Of Africa », et me contera sa fabuleuse histoire. C’est très beau. Après quelques kilomètres, la route se teint de couleurs alpines et les résineux dominent. Suite à une confusion de navigation, à Ljubis, hameau abondamment fleuri par de belles jardinières de géraniums, le GPS me recalcule une nouvelle route. J’avance sur des routes de plus en plus étroites et torturées. Je savoure. Puis la route s’arrête brusquement, et, la suite sur ce chemin forestier boueux et défoncé. S'y avancer va au-delà de l’entendement. Demi-tour, nouvelle proposition « off-road » du GPS et là je trouve l’affaire de moins en moins à mon goût. Cela fait déjà 1h20 que je roule ; si je dois détricoter tout ce que j’ai déjà roulé, je vais arriver tard à Kotor. Troisième tentative, la route s’achève là-aussi par un chemin, mais celui-ci me semble plus sympathique. Je m’y engage, et, au bout de 5 kilomètres, je retourne à ma départementale et me sors d’une histoire mal emmanchée. Je fonce vers la frontière serbe.

Le passage des frontières est effectué sans difficulté. De la frontière serbo-monténégrine (Pljevlja, Žabljak, Šavnik) à la jonction de la E-762, 20 kilomètres avant Niksic. C’est sublime. La variété des paysages est stupéfiante. Tout est d’une beauté renversante. A Pâques, j’étais venu explorer ce pays, et mon sentiment positif ne fait que se confirmer. Le nord du pays est incroyable.

Le Monténégro est un charmeur efficace ; une caresse pour les yeux, une symphonie de virages pour un plaisir sensuel, des vins pour l’âme, l’essence du bonheur en quelque sorte. La plongée vers la baie de Kotor ne peut pas laisser indifférent. Ce bleu lui donne une touche exceptionnelle. Havre de paix et conscient du privilège de poser mes yeux sur tant de beauté.

9) Episode 23 - 03.09.2022 – 06.09.2022 – Kotor (MNE) – Repos

Voici une petite compilation des anecdotes qui ont émaillé ma première semaine.

Après ces deux jours de repos, plus je regarde la tête de mon pneu arrière, et plus je sais que je dois le changer bien avant Bari. Après 2900 kilomètres, il est déjà rincé. Rien à redire, gomme tendre, beaucoup de couple sur ma moto, route et chemins exigeants - il n’y a pas de mystère. En résumé, c’est un super pneumatique avec lequel tu peux tout faire, et qui m’a enthousiasmé. Sans cette excellente monte, le trail au-dessus de Zagreb était infaisable, et elle m’a apporté la confiance nécessaire pour franchir deux trois portions un peu rock’n’roll.

En ce beau lundi, le bleu est mis. Bercé par la douceur du rivage de ce fjord, je me mets en quête d’une nouvelle paire de chaussettes pour mon Viktor. Après deux coups de fil infructueux, je rameute les dames de la réception pour leur assistance linguistique et secouer le cocotier. Le groom ajoute sa pincée de sel, et je laisse mijoter l’affaire pendant mon plantureux petit-déjeuner. Résultat des courses, pas de pneus « off-road » en stock au Monténégro, dans mes dimensions (qui sont assez standard). J’ai probablement 500 kilomètres de roulage de marge, mais il va falloir oublier le hors-piste. Donc, si je ne trouve pas de pneus, mon exploration albanaise est très compromise, et arriver à Igoumenitsa ou Bari très improbable.

Je commence donc un spamming des vendeurs motos ou de pneus, dans une zone qui va de Dubrovnik à Tirana en passant par Skopje. A force de taper dans l’arbre, il y aura bien un fruit qui tombera. 14h « Sky-moto » à Skopje, m’informe qu’il a une paire de Pirelli STR en stock. Je réserve et prends rendez-vous. Comme je n’avais pas de trame de voyage, passer par Skopje, qui n’était pas du tout au programme, ou par Shkodër ou ailleurs, cela ne change rien. Une fois à Skopje, je me re-routerai vers le nord de l’Albanie.

Demain, je reprends la route vers le nord du Monténégro.

10) Episode 24 - 06.09.2022 – Kotor (MNE) – Žabljak (MNE) – 278 km

[Map 2022-09-06]

Le Monténégro s’est paré de ses plus beaux atours pour m’offrir un panel de paysages dignes d’une production hollywoodienne en cinémascope. Du beau dans toutes ses déclinaisons.

Je ne me lasse pas du morceau de route entre l’hôtel et Kotor. Cette route côtière serpente au gré du rivage. Ce teint de riviera italienne lui va à merveille. Le paysage vous berce dans une ambiance sereine ou apaisante. La serpentine de Kotor qui amène au belvédère, est souvent baptisée une des plus belles routes d’Europe. Ce n’est pas usurpé. Ces 25 épingles à flanc de montagne, sont un must et la vue dominante sur le fjord de Kotor est somptueuse. Difficile de ne pas être happé par cette sensation d’apesanteur. Du belvédère à Cetinje, ancienne capitale du Monténégro, la route par le Lovcen offre un paysage superbe.

A Pâques, en avril dernier, j’avais nommé la route P-15 « la route de la désolation ». Je la revisite car j’ai beaucoup aimé son caractère méditerranéen. Ce n’est pas la première fois que j’arpente des routes confidentielles. Mais force est de constater qu’il n’y a pas une âme sur cette P-15. La route est pittoresque, belle, mais elle semble avoir été oubliée par l’homme. J’apprécie cet aspect. Pour innover, à Čevo, je bifurque sur la P-23.

La P-23, c’est 25 kilomètres pour les déglingués de la route. C’est étroit, virevoltant, et surtout hyper sautillant. Si tu es fragile du dos, si les suspensions de ton véhicule sont sèches - abstiens-toi. Par contre, si tu veux t’essayer à une ambiance rallye routier, t’exposer à tout ou à n’importe quoi, vas-y, c’est bon !

De loin ou à ses pieds, le monastère troglodyte d’Ostrog en impose. Sa façade, bâtie dans une cavité dans la montagne, est impressionnante. En me garant à ses pieds, j’admire une Royale Enfield Bullet 500. Occasion de faire la connaissance de Tomaso, un Italien de Trieste. Il pratique une forme pure de roadtrip. Il sait qu’il va lui arriver un pépin mécanique pendant son périple. Mais, partout dans le monde, avec un poste à soudure, un tour ou une caisse à outils, il va pouvoir tout réparer. L’an dernier, il a serré son moteur et l’a réalésé pour l’ajuster au nouveau piston. Alternant camping et hôtel, il réalise une boucle dans les Balkans. Nous parlons longuement de sa monture et de ses expériences. La procédure de démarrage et son ralenti bas qui entonne un teuf-teuf grave, digne d’un bateau de pêche, vaut se pesant de cacahuètes. Quel bon moment, une belle rencontre inspirante.

Ce soir, je crèche à Žabljak. Deux solutions pour y arriver : route directe, ou pousser ma route jusqu’à Pluzine et prendre la P-14. Tant qu’à achever mes pneus, autant le faire dignement, avec un baroud d’honneur en quelque sorte. C’est dans ces moments-là, que l’intuition, la vista, la baraka te conduisent à créer des moments exceptionnels. Cette P-14, je pensais que c’était un plan tranquille. Je pensais que j’allais être guidé, pris en main, materné et que je me confondrais en qualificatifs « beau, superbe ou merveilleux » pour décrire le paysage. C’est là que l’électrochoc opère. J’ai le sentiment de m’être égaré dans les couloirs du temps et d’entrer sous les feux de la rampe dans un ambiance XXL. J’ai le souffle coupé par le spectacle, proche du KO, quasi en apnée par le spectacle offert. Cette rencontre avec une nature pure, m’a poussé, tel un doux zéphyr, à plus de 1980m. Cet écrin de beauté est hallucinant. L’ivresse est forte et vive, tant l’émotion est puissante. Il me semble que ce cadeau, cette offrande monténégrine, ne devrait être accessible qu’aux plus pures âmes cathares.

J’arrive à mon logis tellement satisfait par cette journée aux mille couleurs, aux mille plaisirs. Une forme de plénitude m’envahit, une forme de joie qui me comble de bonheur.

11) Episode 25 - 07.09.2022 – Žabljak (MNE) – Skopje (MKD) – 374 km

[Map 2022-09-07]

Le bleu est mis, et cette journée de transition s’annonce bien.

La journée débute par la remontée du Tara Canyon. Haut lieu du rafting, et site repris dans tous les guides. En effet, c’est beau. En ce matin, les arbres, sur l’arrête des crêtes, dessinent de belles arabesques en ombre chinoise. A Rožaje, je bifurque par la P8 pour rentrer au Kosovo. La route est sinueuse, bien verte, plaisante : l’archétype d’une route de montagne.

La frontière monténégrine est franchie simplement. Puis vient la frontière kosovare, qui semble tout aussi simple. Le motard devant moi se fait refouler. Le douanier lui indique de reprendre la file. Je pensais qu’il avait doublé la file de voitures, et que le douanier lui faisait une piqûre de rappel de discipline. Puis vient mon tour. Je présente mon passeport et ma carte grise. Il me dit en me montrant ma carte grise « not valid document ». Je lui explique que je n’ai pas plus officiel comme document. Il me demande mon assurance. Je lui montre mon assurance. Depuis que les certificats d’assurance sont blancs et plus verts comme antan, je pense que la discussion va se compliquer. Bref, comme au motard précédent, il me demande d’aller à la guérite en haut de la file pour prendre une assurance kosovare. Je dodeline de la tête et m’exécute. Discuter avec un douanier, c’est comme discuter avec un militaire – une perte de temps ! Après 5 minutes, et contre 10 euros, la douanière me donne une assurance valable 15 jours. Le plus hallucinant c’est que je n’ai aucune idée des garanties couvertes par cette assurance. La seule bonne nouvelle, indiquée sur la vitre, c’est qu’en cas de sinistre total, le montant de l’assurance est remboursé. Bref, si tu rentres au Kosovo avec ton véhicule, il y a une taxe déguisée. Pour ce qui est de la qualité de l’assurance, « mystère et boules de gomme », mais en principe tu n’es pas en vacances pour te sinistrer.

Une fois le col basculé, la route domine l’immense plaine qui constitue une bonne partie du Kosovo actuel. Ce versant de la montagne a abandonné l’esprit alpin et ses résineux, pour des feuillus très divers ; noisetiers, frênes, châtaigniers .... Ma nécessité d’arriver rapidement à Skopje, me fait certainement éclipser les beautés du pays, mais je ne suis pas impressionné. En revanche, le nombre de casses autos, de garages, ou d’officines en lien avec l’automobile est stupéfiant.

Le morceau de 4 voies que j’emprunte jusqu’à Pristina, est déroutant. Pas commun de voir une vache au bord d’une quatre voies, inhabituel de voir des personnes enjamber la barrière centrale pour traverser, surprenante la quasi absence de voie de décélération ou d’accélération pour entrer ou sortir d’une station, par exemple. En résumé, il y a la voie, et tout ce qui gravite autour, tu dois le gérer. En revanche, l’autoroute entre Pristina et la frontière macédonienne est récente et aux normes occidentales. La fin de cette autoroute à l’abord de la frontière, est spectaculaire. L’autoroute est construite sur pilotis, au-dessus du lit de la rivière, dans une vallée assez encaissée. Les nombreux ouvrages d’art qui la parsèment sont étonnants. Le franchissement de la frontière avec la Macédoine du Nord est une formalité. Cela me change de mon épisode connu lors de l’Olive Tour.

Mon GPS me guide directement pour aller chercher mes nouveaux pneus. Pour qualifier la conduite dans Skopje, le terme qui me vient à l’esprit est « viril ». Pour m’insérer dans le trafic, j’enclenche le mode de conduite « Napoli 2.0 » et « Andiamo ». Arrivé à « Sky-Moto », tout est déjà prêt. Les vendeurs sont sympathiques, le paiement rapide. Un vendeur prendra les pneus sur son scooter et m’accompagnera au garage pour les faire monter. Toute la panoplie du roulage engagé en ville va y passer. Pour le suivre je vais rouler sur le trottoir, traverser un carrefour version olé olé, et faire un tas d’autres choses qui amèneraient les points de mon permis vers les abysses, si je les énumérais toutes.

Il est improbable de trouver le garage si tu n’es pas initié. Le garage se trouve au fond d’une cour, où sont amoncelées des épaves de deux roues. Tout est organisé dans un grand chaos. C’est un peu la cour des miracles de la mécanique. Le garage partage l’espace avec l’entrée des transports de fonds d’une grande banque. Le temps du montage, j’observe le bal des camionnettes et cela me fait dire que, là aussi, les règles de sécurité ne sont pas partout les mêmes ! En moins de 40 minutes, tout est bien fait, avec sourire et sympathie. La générosité des personnes qui étaient là m’a fait éviter de plonger dans la bière et les clopes.

Je retraverse la ville, le topo est toujours le même ! Après cet épisode pneus qui m’aura occupé pendant 2 jours, je décide de me choyer et d’échouer dans un bel hôtel, pour me relaxer avec sauna, piscine et bon repas.

12) Episode 26 - 08.09.2022 – Skopje (MKD) – Bajram Curri (ALB) - 368 km

[Map 2022-09-08]

Je traverse Skopje. La ville me semble plus calme ; le trafic est beaucoup moins dense et surtout moins nerveux. Je regagne l’autoroute pour aller rapidement vers le parc national du Mavrovo. Sur 60 kilomètres, je traverse trois barrières de péage qui réclament à chaque fois 50 cents ou 1 euro – pénible, surtout en moto : retirer les gants, attraper la carte, récupérer le ticket, ranger la carte, remettre les gants ... Petit conseil pour les néophytes : ne jamais se mettre derrière un motard à un péage, et encore moins par temps de pluie !

Cette région réserve toujours son lot de situations improbables. Je n’aurais jamais imaginé voir un jour des vendeurs de raisins ou de pastèques sur la bande d’arrêt d’urgence. Au dernier tronçon, sur un pont, juste avant le péage, je vois deux silhouettes. Je coupe un peu les gaz, et vois deux policiers à la jumelle pour un contrôle de vitesse. La nasse se refermant au péage, je crois que je suis bon pour une prune. Pas celle qu’on déguste après un bon repas, celle qui se règle en monnaies sonnantes et trébuchantes. Miracle, la brigade au péage est déjà occupée avec un automobiliste, je passe entre les mailles du filet. La baraka frappe encore !

Après cette portion de route peu captivante, j’entre dans le parc national du Mavrovo. J’entreprends le tour du lac éponyme. Évidemment, quand j’ai effectué plus de la moitié de mon tour de lac, une camionnette de police me barre la route. Un gentil monsieur m’explique qu’il y a une course cycliste, et que la route est barrée jusqu’à 15h. Je détricote mon chemin et fait le tour du lac par le nord dudit lac. Une fois le lac passé, la route s’engage dans une étroite vallée, une faille, un coup de hache dans la roche, où seul un torrent à l’eau limpide, coules en son creux. Jusqu’à Debar, le panorama offre un spectacle superbe pour les yeux.

Le passage des frontières macédonienne et albanaise se fait sans encombre. Je trouve que le soleil commence à taper fort (32°C). Les premiers kilomètres après la frontière sont dignes d’une route ardennaise après l’hiver. Comme tous les conducteurs évitent les trous et les imperfections de la route, tout ce joli monde se retrouve sur la même trajectoire, peu importe la séparation de la chaussée. La vigilance s’impose.

J’aborde Peshkopi la merveilleuse. Peshkopi est une espèce de bazar oriental à ciel ouvert. Je trouve qu’il se dégage de cette ville une atmosphère unique très dépaysante. Je regrette de ne pas avoir eu le temps de m’imprégner davantage de ce délicieux capharnaüm.

Autour de Peshkopi, les scènes rurales sont touchantes. Je revois cet homme et sa mule, lourdement chargée, qui s’engagent un chemin escarpé ou les éclats de rires de ces hommes qui négocient 4 tomates le long de la route. Je perçois beaucoup de bienveillance et de tendresse dans ces instantanés agrestes.

A partir de Kukës et jusqu’à Bajram Curri, la SH23 offre de fantastiques panoramas. Les 6 derniers kilomètres pour arriver jusqu’à l’hôtel, se font sur une piste. Rien de très compliqué, mais ça grimpe et mieux vaut avoir un Trail qu’une super sportive, ou un 4x4 plutôt qu’un coupé sportif. Après 360 kilomètres de routes exigeantes, je reste prudent sur ce dernier tronçon, mais la récompense est au bout du chemin.

Le Chestnut Hill Hotel offre une vue panoramique hors norme sur la vallée et les montagnes. C’est grisant de plaisir. L’accueil par Jerry est convivial. Il me fait partager son domaine et me parle de son engagement pour faire vivre cet Eden. Par exemple, pour que la fée électricité arrive ici, il a dû tirer 2,9 kilomètres de câble à ses frais, depuis le haut de la montagne. Il a coupé, taillé et planté 43 piquets en châtaignier pour supporter la ligne. Au fait, pour le nom de l’hôtel, le propriétaire ne s’est pas trop fracassé le neurone ; le flanc de la montagne est tartiné de châtaigniers. Ici tout est pur et sincère ; la nourriture est « home made », et même bien rincé après une grosse et superbe journée, je crawl dans une euphorie de plaisir. Ce premier contact avec l’Albanie est très prometteur.

13) Episode 27 - 09.09.2022 – Bajram Curri (ALB) - Durrës (ALB) - 205 km

[Map 2022-09-09]

Ce matin la vue sur la vallée et les montagnes est bouchée. C’est le spectacle d’une pluie bien drue qui m’accueille. La transition en une nuit est terrible. La pluie joue bruyamment du tambour sur la faitière de la mezzanine, au-dessus de l’entrée principale. La fenêtre météo pour la journée est catastrophique, avec des précipitations annoncées de 4cm par heure sur Shkodër. Journée aquatique en perspective.

L’accueil de Jerry pour le petit déjeuner, est toujours aussi cordial – cela met un peu de soleil dans cette matinée. Ma journée sera essentiellement consacrée à la descente en ferry du lac Komani. Le ferry part à 13h de Fierze. Je profite de la matinée et espère une accalmie providentielle qui ne viendra pas. Je m’équipe en tenue de combat waterproof et chausse mes Verjari. Les Verjari sont des chaussettes de trek, étanches, que j’utilise par gros temps afin d’être au sec – le top du top pour les activités extérieures en conditions très humides. C’est Lolo Cochet qui m’a soufflé cette astuce. Astuce validée à cent pour cent.

Les kilomètres de piste, montés hier par temps sec, seront descendus sous un beau déluge. Avec prudence et doigté, largement aidé par un Viktor impérial, l’affaire sera avalée en deux coups de cuiller à pot. Par sécurité, je fais un rapide plein à la station, qui accepte la carte Visa, avant de filer au ferry. La route réserve ses surprises. Avec la pluie diluvienne, de gros blocs de pierre dévalent la montagne et jonchent la chaussée. A un endroit, je slalome entre de gros blocs ; les voitures suivantes devront déblayer la route pour passer. J’arrive au ferry avec assez d’avance pour un moment de détente.

A l’arrivée sur l’esplanade du ferry, il faut s’acquitter d’une taxe portuaire de 1 euro. Je pense que cette taxe de capitainerie n’existe que dans la tête son collecteur. J’avais réservé mon voyage hier en ligne. Toutefois, le paiement se fait sur place. Un concept hybride de numérisation des services. La personne qui s’occupe de l’embarquement et des tickets m’indique qu’il n'accepte que les paiements en espèce (espèce de c.., non peut-être !). Je file au village le plus proche, et tente de négocier du cash avec un hôtelier contre un paiement virtuel en Visa. Pas de paiement par carte à l’hôtel. Le premier distributeur est à 22 kilomètres, dans la ville où j’ai ravitaillé ce matin. Maintenant, j’ai exactement 45 minutes pour faire l’aller-retour afin de me présenter 20 minutes avant le départ. Tout ceci sous une pluie qui ne diminue quasi pas d’intensité. Quelques coups de gaz plus tard, me voilà pile à l’heure. J’allonge l’oseille, et embarque directement pour 3 heures de ravissement.

Cette descente du lac est une pure merveille. Le ferry navigue sur plus de 30 kilomètres dans une vallée encaissée. Le vert et le minéral se conjuguent dans une belle harmonie. Même par ce temps gris, et au bénéfice d’une accalmie, c’est spectaculaire. J’ai l’impression, par moment, d’être un explorateur qui longe une côte inexplorée.

Le débarcadère est un énorme foutoir. Entre les marcheurs qui cherchent leur bus, les trafics sortant et entrant – c’est la pétaudière ! La route, pour regagner le grand axe, est largement défoncée, mais après ces trois heures d’évasion, tout est pardonnable. En prime, les forêts de pins, après cette pluie, délivrent des arômes de résine intenses, l'aromathérapie est comprise dans le trajet.

Je décide de prolonger ma route dans le sud jusqu’à Durrës. J’ai à peine 120 kilomètres à parcourir. Mais entre un trafic haché, dense, et parsemé de contrôles de police fréquents, auxquels j’échappe systématiquement (cette affaire devient louche), la route devient fatigante. Il y a quand même des moments incroyables qui égayent ma route ; comme ce gars qui transporte des tuyaux de canalisation d’eau, attachés en cercle sur son scooter, et dont le convoi fait 2m de large et dépasse largement de la chaussée. Une fois arrivé, un peu tard, à Durrës, j’ai l’impression que ces 100 derniers kilomètres ont pesé 300 kilomètres. J’ai voulu voir la mer, j’ai vu la mer !

14) Episode 28 - 10.09.2022 – Durrës (ALB) – Përmet (ALB) - 261 km

[Map 2022-09-10]

Durrës s’éveille avec ses marcheurs qui, dès potron-minet, arpentent la plage. Les mêmes doivent, le soir tombé, déambuler dans la rue principale. Je quitte Durrës par la voie express. Le paysage n’est pas des plus palpitants, mais au moins c’est roulant. Je prends mon mal en patience et me réjouis de la météo de la journée.

Je suis intrigué par des vendeurs au bord de la route, qui brandissent des CD. Je pense à des films récents. Je m’arrête près de l’un d’eux, et il me dit que ce sont des compilations de « hits » récents albanais. Voilà ma curiosité comblée.

Hier, à Durrës, certains hôtels avaient une architecture rococo ou extravagante. Style romain, dégoulinades de colonnes corinthiennes à tous les étages, aigles napoléoniens. Ici, tous les artifices sont osés. Aujourd’hui, le long de la route, c’était un hôtel pseudo romain ou encore une bâtisse affublée d’énormes dragons sur le fronton et de drapeaux aux effigies des propriétaires. Certains egos tournent un peut carré, ici ! Parfois, je crois aux vertus de la psychothérapie.

Plus je me rapproche de Berat, plus les champs d’oliviers deviennent présents. Certaines collines sont bien tartinées d’oliviers alignés au cordeau. L’agriculture paraît ici plus riche et plus structurée qu’au long du littoral.

Berat est plus petit que ce que je pensais. La ville est pittoresque avec ses maisons accrochées à la colline, surplombées par les ruines de son château. Petite pause, puis je reprends la route pour Permët. Je décide couper par la montagne. Les derniers 30 kilomètres s’effectueront sur piste et devraient être olé-olé.

Avant d’arriver au « hard core » de la journée, je longe le toit d’un profond canyon. J’estime la hauteur des falaises à 200 mètres. C’est impressionnant. A une pause photo, je descends de la moto et j’ai l’impression d’avoir un truc sous la semelle. Je remarque que toute la semelle de ma botte droite se décolle. En plus de 20 ans de moto intensive, c’est la première fois que j’ai une telle aventure – merci Dainese . Sur le bord de la route, je me déchausse et rafistole ma botte avec du scotch américain. La solution n’est pas « fashion » mais efficace. Conseil d’un vieux: si vous partez en voyage, prennez toujours avec un rouleau de « scotch américain », ça sert à tout.

Le cœur de la partie off-road débute par un pont au tablier en bois. Je m’arrête avant de le franchir afin de m’assurer qu’il n’y a pas de trou dans le plancher (si un jour vous allez en Albanie c’est une sage précaution). Coup de gaz, je ne m’attarde pas sur cette structure en fer rouillé et rafistolée à la vaille que vaille. Après la sortie, la partition de cette fin d’après-midi est annoncée. Montée franche et bien caillouteuse. La piste sera un bonheur, parfois technique, parfois roulante, parfois abrupte, et certaines descentes requièrent une attention appliquée. En résumé, toute la panoplie de la piste de montagne y passe. En bas de la vallée, je rejoins une piste principale très roulante. Je trouve que cette portion est digne d’une autoroute. J’allonge généreusement l’allure. Je rattrape le tarmac à 7 kilomètres de Përmet. Après avoir passé presque une heure sur cette piste, rouler à nouveau sur le goudron me procure toujours une sensation de facilité. Je jubile de bonheur. Inutile de penser faire cette piste de nuit, par temps orageux ou sur une monture mal chaussée (auto ou moto). Le paysage est à la hauteur de la piste: c’est pur, exclusif, engagé et sincère – tout ce que j’aime. Cette route n'est, certes, pas pour tous, des photos ne rendront jamais la puissance de l'endroit - l'Albanie est splendide et loin des clichés qu'on s'en fait!

Petit tour dans Përmet. Je sélectionne mon hôtel. Avant de m’y rendre, je me dirige vers les sources chaudes situées à 14 kilomètres au nord-est. Ce site naturel est assez fréquenté, mais cela reste raisonnable. Je m’abstiens d’aller barboter. L’endroit est beau et les personnes semblent apprécier.

Mon hôtel est certes modeste, mais l’accueil est de qualité. Le propriétaire m’invite à garer la moto dans son arrière-cour. La soirée se passera sous la tonnelle, à côté de la source qui jaillit de la montagne. Certains passants y viennent pour remplir leurs bidons ou jerricans. Le vin maison et le mix-grill sont un délice. Cette journée coche toutes les cases du bonheur.

15) Episode 29 - 11.09.2022 – Përmet (ALB) – Vlorë (ALB) - 160 km

[Map 2022-09-11]

Je termine mon repas tranquillement. Dans la salle attenante à la terrasse où je suis attablé, s’installe une famille d’Albanais : pré-ados, ados, jeunes et parents. Après une musique d’ambiance rock, la musique vire au local. A ce moment, la magie opère. Des petits aux parents, ils se mettent en cercle et exécutent les pas de leur danse traditionnelle. Ils s’amusent, sont heureux de partager ce moment. C’est une belle leçon. Les plus grands sont pourtant équipés de smartphones, mais aucun n’a le nez plongé dedans; la convivialité, la cohésion du groupe prime sur le futile. Quatre aïeuls, qui partageaient les lieux et soupaient tranquillement, sont happés par l’ambiance et tout le monde danse. Ici il n’y a pas de marbre lustré au sol, pas de lustre en cristal à pampilles, pas de faste, pas de cérémonial : l’essentiel d’un samedi soir sur la terre. Un soir à la saveur particulière – le cœur de l’Albanie bats peut-être ici.

Le petit déjeuner est un délice. Tous les produits sont préparés à la minute, ou viennent des alentours immédiats. Même le beurre est baratté maison, avec son jaune bien distinctif et son goût caractéristique. C’est un régal. Comme je n’ai pas pris de journée de repos cette semaine, je décide de consacrer mon après-midi au farniente.

Je descends la vallée de Përmet qui m’amènera à Vlorë. Je lui trouve un air de vallées pachtounes avec sa rivière faite d’un large lit caillouteux. L’eau turquoise donne une touche de couleur qui renforce le contraste entre les flancs de la montagne et le ciel d’un azur parfait.

L'entrée dans Vlorë est constitué d'une énorme saline avec son bal de Caterpillar et des montagnes de sel. Je traverse Vlorë. Son front de mer touristique est bien plus chic que celui de Durrës. Il y a un air cannois ou niçois, quelque chose entre promenade des Anglais et Miami Beach (autant ratisser large, cela laisse de place à l’interprétation). Je m’extirpe de la ville pour rejoindre mon hôtel situé plus bas sur la côte. Je profite du confort de ma chambre, de la vue sur la mer, de l’excellente température de l’eau de mer, et comme le chantait Patrick Coutin « j’aime regarder les filles ». Un après-midi au son maitrisé de l ’art de la glandouille.

16) Episode 30 - 12.09.2022 – Vlorë (ALB) – Sarandë (ALB) – 127 km

[Map 2022-09-12]

Petite journée qui consistera en fin de matinée à me rapprocher de la frontière albano-grecque, et, l’après-midi, de m’accorder un moment au bord de la mer.

Inutile d’entretenir un suspense insoutenable, la route côtière de Vlorë à Sarandë est sublime. Je n’ai pas été convaincu par la côte adriatique de Bar (Monténégro) à Vlorë. Autant dire que ces 80 kilomètres à partir de Vlorë sont un petit bijou. Premièrement, il y a le col du llogora qui vous propulse à 1043 mètres. Son versant maritime vous offre une vue dominante et panoramique jusqu’à Corfou. C’est l’occasion de faire le yoyo des températures entre 28°C au départ et un 20°C bien venteux au sommet. Cette vue aérienne est un délice. La nature pousse le raffinement à surligner d’une touche turquoise la côte, tel un rimmel aux yeux d’une femme. Je m’octroie un petit hors-piste au niveau d’Himmare, qui me permet de découvrir une petite station balnéaire et son hôtel Miramar, à retenir. Entre villages accrochés à la colline comme en Calabre, vestiges d’un bunker pour sous-marins, champs d’oliviers et plaisir de conduite cette fin de roadtrip en Albanie est un régal.

Le vent est soutenu et a levé une belle houle. De puissantes et généreuses vagues viennent rouler sur la plage et se fracasser sur les rochers. Un spectacle captivant, que je contemple sans fin. Je laisse le temps maritime s’égrainer, caressé par le vent, réchauffé par le soleil qui s’évanouit, et rassasié par les délices de la mer.

17) Episode 31 - 13.09.2022 – Sarandë (ALB) – Igoumenitsa (Ηγουμενίτσα) (GR) – 437 km

[Map 2022-09-13]

Ce soir, à minuit, j’embarque à Igoumenitsa (Ηγουμενίτσα) pour l’Italie. J’ai deux solutions : soit l’option route directe de 80 kilomètres et jouer au plagiste à Igoumenitsa, soit rouler 400 bornes en montagne pour faire le tour du « National Park Pindos (Εθνικό Πάρκο Πίνδου) » . J’ai choisi l’option 400 bornes. Comme toute l’après-midi s’offre à moi pour exécuter ce petit tour, il n’y a ni stress ni contraintes.

De Sarandë jusqu’à la frontière, que je traverse à Kakavijë, la route sinueuse est une très agréable. Les deux douanes sont expédiées sans problème. Toutefois certains automobilistes sont scrupuleusement fouillés. Au passage de la douane grecque, j’aurais droit à un surprenant « vive la France ! » de la part du douanier.

Une fois la frontière franchie, de Kalpaki (Καλπάκι) jusqu’à Tsotyli (Τσοτύλι) le paysage est sensationnel. Je ne regrette pas cette incursion vers le nord. Après avoir circuler en Albanie, ce qui me surprend le plus, c’est la largeur de la route. J’ai l’impression que la route est deux fois trop grande. Sur les premiers virages et ce tarmac nickel, je pose des trajectoires créatives ! L’autre aspect surprenant est que la route est déserte sur ces 180 kilomètres. J’ai pas croisé ni doublé plus de quinze voitures. Cela me permet de m’amuser des petites choses de la route, comme ces panneaux « Icy road » qui avec 28° Celsius me semblent décalés. En revanche, le tarmac est fait de gravillons bien pointus qui ont été coulés dans la chaussée afin d’offrir une excellente adhérence et une belle prise d’angle. Chute ou glissade interdite « freaky !».

La redescente vers Igoumenitsa me fera parcourir 120 kilomètres d’autoroute sans regret. Une belle découverte. Ce parc national est de toute beauté et le paysage qui longe l’autoroute est très agréable. Le nombre de tunnels creusés sous les montagnes pour confectionner cette autoroute est impressionnant.

Je vais directement à la compagnie maritime afin de récupérer mes billets d’embarquement. Cela m’évitera le cirque que j’ai vécu à Bari il y a 4 ans. Petit repas de poisson à Igoumenitsa avant d’embarquer. Je me pointe à 22h comme proposé, mais j’ai simplement omis qu’il y a une heure décalage horaire. Cela ne porte pas à conséquence. Le ferry avale, pendant deux heures, un nombre de camions venus de toute l’Europe impressionnant - une centaine au bas mot. L’organisation pour charger le navire semble obéir à une logique floue et me parait interminable. Je suis loin des procédures danoises d’Hirtshals pour l’Islande ou la Norvège. Cette attente permet de discuter avec Maurizio ansi qu'avec Andrea et ses grands enfants qui rentrent de Turquie. Il y a aussi ce couple de suédois en « pan-european » qui rentre de Grèce. Lui a perdu son blouson, attaché sur top-case, en roulant. Il pense terminer le voyage en tee-shirt – bon courage ! Cette interminable attente est compensée par de bons moments de socialisation.

1h du matin (heure locale), je suis enfin installé dans ma cabine. J’ai été surclassé. Ma cabine est gigantesque avec des hublots à profusion. Un vrai luxe même si je ne vais en profiter que modestement. Je plonge dans un profond sommeil en quelques secondes.

18) Episode 32 - 14.09.2022 – Igoumenitsa (GR) – Brindisi – Alberobello (ITA) – 349 km

[Map 2022-09-14]

Le réveil sur un ferry est toujours aussi désagréable. Cette voix criarde venue des haut-parleurs, qui indique l’arrivée au port dans 2 heures et que tu dois libérer la cabine, m’insupporte. Ce message est répété en boucle toutes les demi-heures. Du calme jeune-fille, car un, je me réveille en souplesse, deux, je vais déjeuner et, trois, je me prépare. Sur cette liaison de ferry (Grimaldi), le petit-déjeuner était nullissime. Inutile de le réserver avec son billet autant être à terre et avoir un petit déjeuner correct. Dernières volées d’au revoir entre motards. Le débarquement sera plus rapide et efficace que l’embarquement (ce n’était pas vraiment un challenge incroyable à relever).

Je quitte Brindisi rapidement. Les premières kilomètres pour gagner le littoral me font traverser des champs d’oliviers séculaires et d’innombrables bergeries ou abris en pierres sèches tel des nuraghes sardes.

Après quelques kilomètres sur ce bout de littoral pas vraiment sensationnel, j’adapte mon plan pour une route directe sur « Tricase Porto ». Choix très judicieux car de là jusqu’à « Torre Vado » c’est beau, beau et beau. A Corsano, je distingue la côte albanaise (80km). Ponte Ciolo offre une vue spectaculaire sur la plage en contrebas. J’arrive à Santa Maria di Leuca qui est un point important du voyage. J’y coupe la ligne des eaux entre mer adriatique et mer ionienne. A partir de ce point, je suis à mi-trajet et entame le chemin du retour.

De « Torre Vado » à Gallipoli, la route semble fade. Les plages sont dénudés de leur touristes, les voiles sont affalées, les volets sont tirés, un air d'hors saison s'installe. En revanche, Gallipoli est une ville incroyable qui met du piment à ma route. Pour mon retour sur des terres latines, je débusque, au hasard, un très bon restaurant « Al Pescatore ». Je me gâte avec un plat de pâtes au homard frais. Mon palais, mes papilles et moi sommes ravis du choix !

Mon après-midi sera consacré à la remontée vers Alberobello. Je fais un détour par Ostuni la blanche. Incroyable village situé sur les hauteurs d’une colline qui admire la mer Adriatique. J'en profite pour passer chez un excellent glacier "Cremeria Alla Scala" et déguster un sorbet citron melon à tomber par terre. J’arrive en fin d’après-midi à Alberobello. Je loge dans un habitat typique de la région - un "trullo". C’est un peu comme une maison de schtroumpfs. Les « trulli » fleurissent avec bonheur le paysage des pouilles. Ces constructions sont voûtées, bâties en pierres sèches, et typiques des pouilles du sud. Leurs toits pointus donnent un cachet unique et apportent une touche de douceur au paysage.

Les dernières 24 heures m’ont réservé des paysages incroyables et des rencontres plaisantes. Après les excellents épisodes albanais et grecs, la traversée de l'Adriatique et m’être enviré des couleurs maritimes du sud des pouilles, je ne vais pas bouder une bonne nuit de repos.

19) Episode 33 - 15.09.2022 – Alberobello – Termoli – 288 km

[Map 2022-09-15]

Alberobello, capitale des « Trulli », charmante bourgade qui s’apprécie certainement hors saison, comme maintenant. Je glane quelques photos avant d’entamer ma route vers le nord.

En sortant d’Alberobello, les champs labourés offrent des tons marron-ocre tirant sur l’orangé. Des troupeaux de vaches profitent de l’ombre sous des chênes verts. Farandole de couleurs harmonie de l’azur, la scène est posée pour en faire une peinture. L’approche de la côte se fait par le haut du plateau qui domine la mer. Au détour d’un virage, c’est une vue plongeante sur une mer d’oliviers qui se prolonge jusqu’à l’empire de Neptune.

Un crochet par Monopoli s’impose. Exquise ville des Pouilles. Je m’engage dans le centre de la vieille ville à moto. Certaines rues semblent plus piétonnières qu’autre chose. Quand les passants sont nombreux, je lance un fort « Attenzione, arriva la pizza !!!». Avec un peu de chance, je suis presque crédible en livreur. Cela a le mérite d’être efficace et d’amuser les passants. Si vous passez dans les Pouilles, ne manquez pas Monopoli. Ma route se poursuit jusqu’à «Polignano a Mare ». La vieille ville, bâtie sur la falaise, est magistrale. La triplette Alberobello, Monopoli et « Polignano a Mare » sont les joyaux des Pouilles.

Je me dirige vers le nord pour gagner le parc national « del Gargano » et refaire la route littorale que j’avais grandement appréciée en 2018. Une fois Bari franchi, le temps devient gris. La température est toujours aussi élevée (32-33°C). Consciencieusement, je vide mon "Camel bag". Un vent violent se lève, la température chute, une barre plus grise signe l’horizon. En quelques minutes, j’ai franchi un front dépressionnaire marqué, qui annonce la pluie. Sur mon GPS, le radar météo confirme mon observation. Une langue de pluie balaye le parc national « del Gargano » d’ouest en est. Petite pause pour aviser et décider. Soit, je me fais rincer sur 180 kilomètres de virages, ce qui n’allait pas m’apporter une grande jubilation, soit je me fais mouiller par la route directe. Si vous passez par les Pouilles, ne manquez pas de faire la route littorale autour du parc national « del Gargano » et de traverser ce dernier. Vous y trouverez une atmosphère maritime et toscane à la fois.

Je décide de m’équiper pour la pluie pour ces 120 derniers kilomètres. Évidemment, je retraverse la bulle dépressionnaire : légère averse, gros vent latéral pendant quelques kilomètres, et, derrière, il fait 31°C! Je cuis sous ma veste de pluie, j’ai soif !

J’arrive, assez tôt, à Termoli, en mode sauna. Je prends possession de mon logis pour les deux prochains jours. Un vrai moment de repos depuis Kotor. Je vais apprécier ce moment. Le cœur de Termoli est ceinturé par de hauts remparts en briques, surmontés d’une imposante tour carrée. Cet ancien village fortifié qui domine la mer, avait des atouts pour se protéger. L’intérieur est fait d’un dédale de petites rues. Il y a une inspiration de Gallipoli - bel endroit!

Ma soirée se passera fort bien. Les produits de la mer, de la carte du très bon restaurant le « Federico II », feront mon souper. Le risotto à l’encre de seiche était magnifique et le verre de « Livio Felluga » blanc était à la hauteur du plat.

20) Episode 34 - 16-17.09.2022 – Termoli – Repos

6h30, « Debout les morts, on change de cimetière ». Il y a quelques mois, j’avais vu, sur la RAI 1, un beau reportage sur l’île de San Domino au large de Vieste et Termoli. L’âme du reportage m’avait touché. L’endroit m’avait paru singulier. Certes, le caractère îlien apporte son lot de particularités, mais la cohérence entre l’utilisation raisonnée des ressources locales et la vie insulaire, m’avait intéressé.

Le départ du bateau est prévu à 8h. Petit déjeuner avalé à vitesse grand V. Je saute dans un taxi et m’avance à la billetterie du port. Je constate comme une effervescence sur l’embarcadère. À 10 minutes du départ, la situation devient confuse. En fait, c’est un énorme gag. Pour faire simple, le bateau va à San Domino mais ne s’arrête pas (dixit la guichetière). Je ne peux pas m’empêcher de penser au sketch de Chevalier et Laspales « Le Train pour Pau ». Concrètement, le bateau fait l’aller-retour dans la matinée. Il n’y a pas de service de retour en fin d’après-midi comme prévu. La raison est tout aussi burlesque que la situation. La météo devrait se dégrader, et la mer deviendrait violente. Sincèrement, il faudrait qu’ils s’abonnent à des flux météo sérieux. Ce matin, la houle est au moins de 10 centimètres - j’en frémis ! Le Breton dirait que ce ne sont pas des marins ici mais des branquignols de bateliers ! Je pense surtout que le capitaine a un match de foot à regarder à la télé cet après-midi.

Retour à l’hôtel, pour rigoler de la situation, m’offrir une lichette de dodo, profiter de la vue sur la mer et gribouiller ces lignes.

[Map 2022-09-17]

17 Septembre: les baltringues – le retour. 6h45 debout, départ du bateau prévu à 8h. Petit déjeuner avalé à vitesse grand V. Je vais, au pas de course, jusqu’à la billetterie. Je te le donne en mille Émile, la guichetière m’annonce « La barca non parte a San Domino ». Je remarque que la guichetière est différente. Celle d’hier doit finir de sécher quelque part en haut d’un mât pour avoir exaspéré un touriste au caractère un peu chaud. « La barca non parte a cosa di brutte notizie meteorologiche ». Moi, je te le dis, pour faire le beau et parader en short blanc et mocassins à pompons, faire le coq sur le quai et exhiber ses galons dorés au soleil, là, il y a du monde. Hé toi, capitaine à la Offenbach, digne d’un opéra bouffe; toi qui chies dans ton froc pour quatre vagues hautes comme deux chaises, elle est où la grandeur d’un Amerigo Vespucci ? Va faire un stage en mer d’Iroise ou de Norvège; va salir ton uniforme avec des marins pêcheurs et lâche le strass et les paillettes. Silence dans les rangs, ils me les brisent ces baltringues – Quoi? Moi, je ne râle pas, je suis en vacances !

Si la mer ne me veut pas de moi, si je suis trop « p’homme de terre », je vais aller me dégourdir les pneus dans le « Parco Nazionale del Gargano ». J’envisage une petite sortie d’une centaine de kilomètres jusqu’à Peschici, et, de fil en aiguille, je termine la journée avec plus de 326 kilomètres au compteur. Ce parc est une merveille. Ses plages, hors saison, où je suis seul sur des dizaines de kilomètres. Ses virages enivrants de Peschici à Vieste. Ses forêts intérieures verdoyantes, ou encore sa SP50 qui offre une vue panoramique incroyable sur la lagune et la mer. Ici, tout est concentré de bonheur, un eden à explorer sans fin.

En fin de journée, Eole a décidé de jouer une partition au tempo forte. Certes, la mer est un peu agitée, mais j'ai tiré des bords dans la baie de Concarneau ou connu des traversées à Paimpol, l’Arcouest avec des conditions bien plus musclées. Ma soirée s'achève au très bon restaurant le Svevia.

21) Episode 35 - 18.09.2022 – Termoli – Ancona – 362 km

[Map 2022-09-18]

Journée de transition pour m’avancer vers le nord. La mer a retrouvé son turquoise, le ciel est bleu, les températures sont plus agréables et Éole murmure à nouveau. Je pense à mon « capitaine Concordia ». Je me demande quelle connerie va-t-il pouvoir faire aujourd’hui dans le port de Termoli avec la navette pour annuler le trafic pour San Domino – qui sait ? « Les cons, c’est comme les curés et les militaires, ça ose tout, c’est comme ça qu’on les reconnait ». Moi, je ne suis plus là, je m’en fou !

Je débute la journée par un brin d’autoroute. Après 140 kilomètres de ce ruban anthracite, entre travaux et ralentissements, au nord de Pescara, je sature. Je décide de faire une incartade et d’entrer dans le « Parco Nazionale del Gran Sasso e Monti della Laga ». Belles routes, hautes montagnes et panoramas saisissants. Beau coin des Abruzzes. Je regagne l’autoroute 100 kilomètres au sud d’Ancona. L’avantage de cette autoroute est qu’elle longe la mer. Cela permet de contempler le mélange des verts et bleus proposé par l’Adriatique. La rêverie rend le temps moins long. J’entre dans Ancona par la route côtière SP1, petite merveille de route qui permet de clôturer cette journée avec panache.

22) Episode 36 - 19.09.2022 – Ancona – Lido de Venezia – 378 km

[Map 2022-09-19]

Remontée vers le nord pour m’approcher du point zéro de mon aventure. La première étape de la journée sera d’atteindre la république de Sans Marino. Je suis accueilli par le sigle (RSM) qui se traduit par « Ragazzo Sempre Magnifico !». Je suis assez flatté - Merci !

San Marino, c’est une histoire immobilière assez simple. C’est l’histoire d’un mec qui a trouvé un beau caillou avec une belle vue sur la mer et la montagne. Il décide d’y construire une cahute avec 4 pierres comme rempart et se réserve un rayon de 5 kilomètres de sécurité afin de voir si des manants, des gueux ou des hobereaux n’auraient pas de viles intentions sur son royaume. On laisse mijoter l’affaire quelques années et cela fait le cinquième plus petit état du monde. Honnêtement, la propriété a de la gueule. C’est un résumé historique un peu rapide, mais l’endroit est très beau.

Je fais route directe vers Venise et évite un détour par l’autoroute. La route est une deux voies, bondée de camions et dangereuse. Deux heures à jouer à saute-moutons avec les camions, même en moto, c’est usant. La prochaine fois, ce sera autoroute. Pour me détendre, je bifurque à « Lido di Spina » pour faire des photos de la lagune et du bord de mer. J’échoue dans une cité de vacances, une ville fantôme. Je déambule dans des rues sans âme. Les commerces sont clos, les volets tirés, le vent pousse les aiguilles de pins tombées en abondance sur la route. L’ambiance est glaçante. J’ai le sentiment d’être un survivant post guerre nucléaire.

Enfin Venise, direction le ferry pour « Lido de Venezia ». Je le rate de 2 minutes. C’est frustrant d’arriver sur la ligne d’embarquement et de voir le ferry s’échapper. 50 minutes d’attente au soleil, à Venise, devant un jus de fruit, ce n’est pas la pire corvée ! Les deux prochains jours, je résiderai au « Lido de Venezia ». Repos bien mérité avant d’achever mon tour de l’Adriatique et d'entamer la traversée des grands cols des Alpes, comme un final de feu d’artifice.

Le ferry glisse sur le grand chenal entre l’île de Giudecca et Venise. Sous cette chaude lumière cuivrée du soir, Venise s’offre sous son plus beau jour – une caresse à l’âme. Sur la rive gauche, la vue sur les façades des monuments célèbres, baignés dans ces reflets orangés, est divine. Ce trajet en ferry est une faveur. L’air est cristallin: au nord, je vois les contreforts des Dolomites, à l’est mon regard porte jusqu’aux montagnes au-dessus de Trieste, et à l’ouest j’aperçois les monts du «Parco Regionale dei Colli Euganei », qui se dessinent en contre-jour. Spectaculaire panorama et grand privilège d’observer Venise dans son écrin depuis le Lido de Venezia, au soir couchant.

23) Episode 37 - 20.09.2022 – Lido de Venezia – Repos

24) Episode 38 - 21.09.2022 – Lido de Venezia – Fonteno – 432 km

[Map 2022-09-21]

Cette journée revêt un sens particulier. Je vais boucler le tour de la mer Adriatique.

Tirer les rideaux, regarder Venise se faire caresser par le soleil levant, est un spectacle qui respire la sérénité des petits matins divins. Résider à Lido di Venezia ne présente, à mon sens, que des avantages. Loin de la frénésie touristique de Venise, tout ici se contemple à distance. L’air y est plus doux. L’antichambre du bonheur, où le temps semble s’étirer différemment. Ce moment contemplatif s’achève par un retour en ferry pour regagner le continent.

Dernier regard sur Venise. J’avoue que je n’ai pas de passion pour Venise - mascarade commerciale du romantisme. C’est l’éther de Lamartine, qui fait jaillir, telle une vibration, le romantisme. Le romantisme n’est pas l'attribut d’un lieu. Néanmoins, je concède que Venise est atypique et gracieuse. La contempler ainsi de loin, me plaît - comme la regarder derrière une vitrine. J’y trouve l’expression d’une autre forme de distanciation sociale.

Le 29 août dernier, je posais un jalon; le point zéro de mon voyage. 23 jours plus tard, je retourne à Lido de Jesolo. Je retrouve Luca, toujours aussi adorable. Il m’offre un café pour célébrer mon périple.

Mon tour de l’Adriatique c’est 5538 Km. Je suis intérieurement heureux. La joie d’accomplir l’aventure que j’avais imaginée, m’envahit. J’ai plongé profondément dans mon univers « roadtrip » avec délice pour mieux savourer des instants que j’aime.

Je monte sur l’autoroute pour regagner le lac de Garda. J’ai le sentiment, l’intime conviction qui me colle à la peau, de laisser quelque chose derrière moi. Une graine, que j’ai semée. Je ne sais quel fruit elle donnera, mais quelque chose en naîtra.

La transition vers le Lac de Garda est brutale. Le trafic, l’urbanisation, le tourisme, tout semble m’oppresser. Mon âme, ma vibration est ailleurs. Le lac de Garde, c’est incontestablement beau. Je l’ai jadis parcouru plusieurs fois. Mais aujourd’hui, là, mes yeux sont absents. Je vais rapidement me re-mobiliser en coupant par la montagne, pour rejoindre mon logis. La route entre Gargnano et Crone est un savoureux tourniquet. Si tu aimes les virages, la montagne et un paysage à la nature sauvage, n’hésite pas.

Après plus de 430 kilomètres, j’arrive à l’hôtel « Panoramico ». Là aussi, le propriétaire n’a pas fait preuve d’une imagination débordante pour trouver le nom de l’hôtel. La vue est panoramique sur le lac « d’Iseo » mais surtout vertigineuse et sublime. C’est une belle récompense et une agréable surprise. J’apprécie l’écho entre le panorama vénitien de ce matin et celui-ci montagneux, en apesanteur, au jour couchant. Deux paysages exclusifs pour contempler un monde qui s’agite de loin.

25) Episode 39 - 22.09.2022 – Fonteno – Merano – 239 km

[Map 2022-09-22]

Au réveil, je suis encore sous le charme de ce panorama. Aujourd’hui, la météo est exceptionnelle sur le massif montagneux autour de Bormio. J’espérais que, sur le chemin de retour, j’aurais de belles conditions météo pour gravir le Gavia (2652m) et le Stelvio (2760m). Deux monuments que motards, cyclistes et automobilistes aiment accrocher à leur palmarès. J’ai déjà gravi 4 fois le Stelvio et 3 fois le Gavia, mais c’est la première fois qu’un azur parfait m’accompagne dans ces ascensions. Rarement la haute montagne offre un air aussi cristallin. Bienheureux celui qui, comme moi, a la faveur de pouvoir profiter de ce spectacle inouï.

J’entame le Gavia par Ponte di Legno, qui, je pense, est le versant le plus technique à gravir. La route est étroite (une largeur de voiture), pentue, torturée, et de nombreux virages sont masqués. Je croise des Belges, en voiture, optimistes sur leur vitesse, et qui se sentent un peu seuls au monde. Je suis bon pour un gros freinage, j’ai bien vu la plaque ! 10 centimètres de plus et j’étais bon ! Au sommet du Gavia, il fait 5°C – c’est tonifiant. La vue est somptueuse. La descente vers Bormio est facile. Je rattrape une Honda 500CB des années 70, immatriculée en Allemagne. Le pilote ne se ménage pas pour faire marcher sa machine avec brio. Le son du moteur est simplement magique. S’engager avec un tel collector sur un ce col, j’en suis admiratif, sans être nostalgique des ancêtres.

En comparaison au Gavia, le Stelvio ressemble à un boulevard. En haut, je vois une grande concentration de Donkervoort (voiture de sport néerlandaise). Je n’en ai jamais vu autant d’un seul coup (plus de 15). La vue sur la vallée, les lacets et les glaciers est spectaculaire. C’est un délice. Dans la vallée qui me conduit à ma Gasthof à Merano, la récolte des pommes et du raisin bat son plein. En arrivant à mon hôtel, j’ai du mal à croire que je suis encore en Italie. Tout est écrit en allemand. Sérieux, je me demande si Rome est au courant que l’Autriche a fait un petit Anschluss, en catimini, sur le Haut Adige.

26) Episode 40 - 23.09.2022 – Merano (IT) – St-Moritz (CH) – 264 km

[Map 2022-09-23]

Journée de transition pour regagner Saint-Moritz. J'en profite pour grimper le « Passo Rombo » ou « Timmelsjoch » en fonction du côté d’où on le regarde. Je me souviens très bien de ce col, lors de ma virée le 26.07.2003 avec une BMW RT. L’arrivée au sommet m’avait paru interminable. Ce matin, avec quelques années de pratique en plus, je l’ai trouvé toujours aussi plaisant, mais bien plus court que dans mon souvenir. Le panorama est totalement incroyable, surtout par une météo excellente comme aujourd’hui. Les premiers assauts de l’hiver ont posé sur les cimes une traînée lactée du plus bel effet. L’arrivée au sommet se fait par un tunnel. Le plafond est tapissé de stalactites de glace bien pointues, qui ne demandent qu’à choir. Autant éviter ma tête; c’est ballot d’avoir comme épitaphe « empalé par une stalactite de glace ». La seule chose que j’avais oubliée, c’est le péage pour redescendre dans la vallée (15€ quand même). Je croyais que le péage était sur la descente du « Großglockner».

Une once de nostalgie, 19 ans plus tôt, même lieu, même heure!

Que dire de la descente de la vallée de Sölden - c’est l’Autriche ! C’est beau, beau, beau et beau. J’adore ce pays. Je pense raisonnablement bien connaître l’ouest du pays. C’est net et somptueux. Si un jour l’inspiration vous manque, comme destination de vacances, pensez Autriche été comme hiver. Difficile d’être déçu. Je poursuis la vallée de « l’Inn », qui me conduit en Suisse. La vallée est à la hauteur du pays, c’est nickel. La beauté du paysage est dans la continuité de l’Autriche: terriblement plaisante. La Suisse est un pays est fantastique. Je suis certain qu’ici, les feuilles, en automne, tombent déjà pré-rangées.

J’arrive assez tôt à Saint-Moritz et en profite pour me promener dans le centre, regarder les dernières tendances mode des grandes marques de luxe, et passer voir mon banquier (je plaisante pour la mode évidemment !). La vue sur le lac est toujours aussi apaisante et somptueuse. A l’ouest, un dragon crache une abondante brume qui tapisse bien la vallée et n’annonce rien de bon pour demain. J’ai été béni de faire la traversée des Alpes dans des conditions météo extraordinaires. La nature m’a offert un festival de panoramas spectaculaires. Je garde en moi la puissance de ce monde minéral et ces déclinaisons savoureuses de bleus et verts.

27) Episode 41 - 24.09.2022 – St-Moritz (CH) – Sipplingen (DE) – 247 km

[Map 2022-09-24]

Ce matin, Saint-Moritz s’est drapé de brume. Des panaches cotonneux s’accrochent à la cime des arbres, élégantes arabesques aériennes. Plus haut, la nuit a légèrement saupoudré de neige rochers et lichens. Apaisante scène pour prendre son petit-déjeuner avant d’entamer la route dans une ambiance grise et une météo instable.

Je renonce à mes zigouigouis vers Davos. J’emprunte la route nationale 3 pour regagner Chur par le Julierpass. La route est une succession de paysages dignes des plus belles cartes postales suisses. Même sous ce temps tristouille, c’est beau. Je traverse Chur et regagne rapidement le Lichtenstein (Vaduz) pour gribouiller quelques cartes postales et passer à l’étude notariale (je plaisante pour les cartes postales évidemment !). Le Lichtenstein a son charme. Monaco y a son consulat, donc tout est dit !

Je n’ai ni la vignette Suisse ni l'Autrichienne pour emprunter les autoroutes, ce qui me cantonne au réseau secondaire. Une fois en Allemagne, je longe le lac de Constance et arrive à Sipplingen qui sera ma dernière nuit à l’hôtel.

28) Episode 42 - 25.09.2022 – Sipplingen (DE) – Luxembourg – 416 km

[Map 2022-09-25]

Dernière étape, le gris est mis. Le retour au Luxembourg se fera par la voie rapide. Arrêt à Strasbourg pour faire le plein d’essence chez Leclerc. Une affiche indique que le débit de carburant est limité à 30€. Je viens de me palucher plus de 8000 kilomètres, j’ai fait le plein sans restriction au fin fond de l’Albanie et il faut que j’arrive en France pour me faire rationner ; l’abondance n’est plus à l’ordre du jour ? Ce n’est pas un drame, car avec 30€, j’aurai largement assez de carburant pour atteindre mon « home sweet home ». La pompe ne délivre plus de E95. Je me rabats sur du E98 à 1,59€/litre. Grâce au plan de résilience économique (c’est écrit sur la pompe), je bénéficie d’une ristourne gouvernementale. C’est le douanier grec qui m’avait lancé un « vive la France » prémonitoire. Je jubile à l’idée que le gouvernement ou les impôts des « Französischen» m’aident dans mon voyage - ah la bonne blague ! Les frontaliers allemands (1,80 €/l) et suisses (2 €/l) doivent s’en donner à cœur joie !

Je traverse la frontière luxembourgeoise à Schengen. Le Luxembourg, ma terre d’accueil, ce petit paradis, se dresse devant moi. Je suis ivre de joie d’avoir accompli ce projet. Énorme émotion de repenser à ces 30 jours de voyage. Envahi de joie, au niveau de Mondorf, le soleil fait une percée. J’y vois un signe de bienvenue et un clin d’œil de la providence. Ce n’est pas la première fois que je boucle un grand voyage, mais je ne me lasse pas de ces moments mêlés de joies et de frissons « I did it !».

Conclusion


De prime abord, si on me proposait une virée en Albanie, je ferais la moue. Pétri de préjugés, on va t'expliquer que la Slovénie et la Croatie c’est moins loin, plus sûr, dans l’Union, et patati et patata. Tes connaissances t’expliqueraient en long et en large que l'Albanie c’est très dangereux (surtout ceux qui n’y sont jamais allés) et que ma moto sera désossée dès la première nuit. C’est vrai que, dans Tintin et le Sceptre d’Otokkar, les méchants sont très méchants ! Bienheureux, le sage guidé par sa foi et son humanisme.

L’Albanie, je n’ai pas été conquis par la côte et les stations balnéaires jusqu’à Vlorë. Je ne suis pas plagiste, et mon avis sur la question est peut-être imparfait. En revanche, j’aime contempler la mer. A partir de Vlorë, c’est sacrément beau. Mais, le cœur de l’Albanie c’est la partie montagneuse. Je suis un ariégeois, pure souche, et montagnard natif. J’ai baigné toute mon enfance dans un univers montagneux et j’ai été bercé par des Pyrénées flamboyantes. Les montagnes albanaises sont extraordinairement belles. C’est surtout l’aspect pur et brut de la nature, une forme de montagne primaire qui s’adresse à toi pour t’accueillir. En termes de nature, l’Albanie c’est fort. J’ai patrouillé 5 jours l’Albanie, et je confirme que les Albanais sont accueillants et sympathiques. Pour les préjugés, je n’ai pas d’alarme ou d’antivol sur ma moto et en 5 nuits Viktor n’a pas bougé. Mon coup de cœur c’est Përmet, instants, cadre et incroyables vibrations. Admirable Albanie qui m’a conquis.

Le Nord de la Grèce, notamment le « Northen Pindos National Park », frontalier avec l’Albanie et la région de Përmet, est aussi un fameux morceau de montagne à explorer de fond en comble.

Le Monténégro, j’avais fait un sondage à Pâques et j’étais rentré conquis. Maintenant, j’ai la certitude que ce pays est une merveille préservée du tourisme de masse et pas défigurée. Sa partie montagneuse et frontalière avec la Serbie et l’Albanie est une pure merveille. Le Durmitor National Park est étourdissant. Depuis le Pérou, je crois que je n’avais pas pris une telle claque. Je retournerai au Monténégro, c’est une certitude.

Les Pouilles et la remontée italienne, l’Autriche et la Suisse, furent des moments exquis. Conscient du privilège de pouvoir voyager, j’ai cependant senti que j’étais revenu dans un monde assez conformiste, sans surprise. Un univers dont les codes sont connus. Cela n’enlève rien à l’extraordinaire richesse culturelle ni à la beauté des paysages de ces pays que j’adore, mais mon esprit est resté accroché au Monténégro et en Albanie.

Dans la rubrique « si on rejouait le match » comment ferais-je? Je ferais une descente par les Alpes pour rejoindre Venise et prendre le bateau jusqu’à Patras. De là, je remonterais toute la bande montagneuse entre la Grèce, l’Albanie, la Macédoine du Nord et le Monténégro. J’en profiterais pour maximiser mon temps off-road. Pour le retour, je reprendrais le ferry vers Bar ou Dubrovnik pour remonter le plus au nord de l’Italie. En résumé, je maximiserais le temps sur la bande montagneuse entre l’Albanie et le Monténégro.

Le coin du motard

Pour entreprendre ce voyage, à mon sens, une monture, bien entretenue, fiable et solide s’impose. L’essentiel : un bon chassis, des suspensions à gros débattement, d’excellents pneumatiques et des jantes taillées pour l’aventure. Inutile d’avoir 200 canassons. Un Trail me semble la monture la plus adéquate et ma KTM 1290 SAR fut parfaite - Super Victor! L’essentiel c’est le plaisir que tu vas tirer de ton aventure même en Peugeot 103 ça doit être aussi top !

Pour les pneumatiques, j’ai trouvé que les Mitas E10 Dakar, que je n'avais jamais essayés avant, ont été extraordinaires. Ce sont les pneus que vais remonter immédiatement. Faute de choix, j’ai changé mes pneus à mi-voyage pour des Pirelli STR Rally. Les Pirelli sont des pneus polyvalents et bons. Mais dans la gamme 80/20, je préfère le Continental TKC 70 (Rocks) au Pirelli surtout sous la pluie. Mais pour tout faire les Mitas E10, c'est top!

Pour la partie pilote, j’avais changé ma stratégie d’habillement pour troquer les classiques veste ou équipement Touring/Adventure pour un choix plus Enduro. Je fus très très inspiré par mon idée. De 5°C à 33°C, j’ai toujours trouvé une solution confortable. La couche technique Richa "Ultra light body climate performance wear" (manche longue), la protection Revit (armure), plus le maillot cross/enduro sont les bases de mon équipement, et sont surtout des « must ». En fonction de la pluie ou du froid, j’ajoute juste ce qu’il faut.

Le matraquage marketing nous conditionne parfois dans des impasses d’équipement. Je pense aux ensembles Gortex (c’est un super textile) que tu payes un prix dingue, et qui offrent toujours le mauvais compromis surtout dans les hautes températures, et sont assez perfectibles dans des conditions intenses de pluie. Par exemple, quand il pleut, combien de litres de sueur peux-tu générer par rapport aux nombres de litres d’eau qui te tombent dessus? Personnellement, pour me protéger de la pluie, j’ai opté depuis des années, pour les solutions de marin pêcheur. Mon pantalon c’est un Helly Hansen en plastique épais. La respirabilité est proche de celle d’une plaque d’acier et l’imperméabilité c’est de la bâche en plastique ! C’est pratique, et facile à enfiler avec les bottes. Moi, j’ai choisi orange, c’est visible et assorti à la moto. J’ai pris des seaux d’eau et je suis resté bien au sec à 100% - c’est ça l’essentiel. Quand je regarde les notices techniques de niveau d’imperméabilité d’un textile, mesuré en colonne d’eau (mm/l), moi, je pense à l’énergie cinétique, de la goutte d’eau qui va frapper le textile à 90 kilomètres à l’heure, et ça multiplié des milliers de fois sur une journée. Je sais qui gagne à la fin! En résumé, une bonne pratique, c’est le multicouche à adapter en fonction de la météo pour viser, en priorité, sécurité, confort et efficacité – l’esthétisme c’est pour la parade.

La déception, ce sont mes bottes Dainese. Deux ans et 20.000 kilomètres, et toute la semelle se décolle. J’ai rafistolé ça avec du scotch américain pour revenir au bercail, mais c’est décevant.

Les belles découvertes sont le sac à dos « Leatt Hydration pack DBX Enduro Lite WP 2.0 » qui est vraiment étanche et le masque « Velocity 6.5 Iriz Guard Motocross » de chez Leatt. Pour les deux produits, à l’usage, tu t'aperçois que ce sont des produits qui ont été étudiés pour un usage professionnel – le top du top. En cherchant sur YouTube, tu verras que la visière des Leatt est « bulettproof ». Dans la série grande satisfaction et confirmation, ce sont les chaussettes Verjari. Pour tous ceux qui font du trail, de la marche, de la chasse, de la pêche ou toute activité « outdoor », c’est un must. Depuis 3 ans, j'utilise, les pochettes étanches "Yumqua", il existe plusieurs tailles, qui sont parfaites pour stocker des documents importants à l'abris de l'eau parfait pour le canyoning ou la moto.

Une bonne idée a été d’acheter sur Amazon un coussin de selle Cekell et une dalle de gel (25x25x2) que j’ai glissés dans ce dernier. Je savais que le voyage, notamment au retour, m’amènerait à rouler de nombreux kilomètres sur autoroute. Au dernier moment, j’ai commandé ces deux produits, sans grande conviction, afin de voir si mon confort pouvait être amélioré, même si ma selle ergonomique de chez KTM est déjà très confortable. Le bénéfice fut triple : la maille est assez rugueuse (mais pas trop) pour ne pas glisser sur la selle, la structure est ventilée et lors des fortes chaleurs, je n’ai pas noté de sudation au niveau des adducteurs, et le gel assure sa fonction d’amortisseur. Dans ma configuration, j’ai ma selle en position haute. En gagnant un peu plus d’un centimètre de hauteur de selle, j’ai amélioré le contrôle et le travail sur mes repose-pieds. Le montage est hyper simple et fiable. En conclusion, ce fut une idée lumineuse qui améliore très fortement le confort de conduite sur route. C’est surtout moins cher qu’une solution comme chez « Wild Ass » par exemple.

Recommandations


Les routes immanquables


Les bonnes adresses


Se loger / Se restaurer

Lieux immanquables

Divers

Tableaux de bord


Ces tableaux de bord visent, d'une part, à répertorier les vitesses moyennes indicatives et, d'autre part, à connaître la consommation de carburant. La consommation de carburant permet de calculer l'empreinte carbone du voyage et de compenser cette dernière. La compensation se fait via des programmes de reforestation. Cette solution est, certes, imparfaite mais c'est un acte concret qui permet d'être conscient des enjeux climatiques et de modestement contribuer à minimiser son impact quand on voyage.

Tableau journalier

Date Kilomètres Consommation Temps de roulage Commentaire
27.08.2022 13063 10h06 Départ
27.08.2022 432,1 5,8 l/100Km 5h38
28.08.2022 337,1 5,7 l/100Km 5h52
29.08.2022 387 5,8 l/100Km 5h32
30.08.2022 353,3 5,9 l/100Km 5h04
30.08.2022 249 6,1 l/100Km 3h45
01.09.2022 225,6 5,6 l/100Km 2h28
02.09.2022 358,3 5,9 l/100Km 5h01
03.09.2022 381,9 5,8 l/100Km 5h30
06.09.2022 278,1 6,0 l/100Km 5h05
07.09.2022 373,8 5,6 l/100Km 4h54
08.09.2022 367,9 6,2 l/100Km 5h41
09.09.2022 204,6 6,1 l/100Km 3h49
10.09.2022 261,2 6,2 l/100Km 4h34
11.09.2022 160,3 5,7 l/100Km 2h10
12.09.2022 126,5 6,4 l/100Km 2h21
13.09.2022 437,1 5,9 l/100Km 5h24
14.09.2022 349,2 5,8 l/100Km 4h41
15.09.2022 286,7 6,2 l/100Km 3h04
17.09.2022 325,8 6,1 l/100Km 4h43
18.09.2022 361,9 6,0 l/100Km 4h23
19.09.2022 378,2 6,1 l/100Km 4h41
21.09.2022 432,3 6,2 l/100Km 5h47
22.09.2022 238,8 5,8 l/100Km 3h48
23.09.2022 263,9 5,8 l/100Km 4h03
24.09.2022 246,6 5,6 l/100Km 4h14
25.09.2022 415,8 6,1 l/100Km 4h05
25.09.2022 21204 15h58 Arrivée

Tableau carburant

Date Kilomètres Litres de carburant Coût € Commentaire
27.08.2022 13334 16,25 28,75 DE
28.08.2022 13542 12,60 22,42 AT
28.08.2022 13823 16,95 30,29 IT
29.08.2022 14069 15,37 27,34 IT
30.08.2022 14360 17,11 30,01 IT
31.08.2022 14636 17,39 29,10 HR 218,59 HRK
01.09.2022 14905 16,98 25,26 HR 190,01 HRK
02.09.2022 15144 14,66 21,44 BIH 41,93 BAM
03.09.2022 15405 15,96 24,48 SRB 2872,8 RSD
03.09.2022 15405 17,76 23,98 MNE (E95 1,35 €/l)
06.09.2022 15943 16,15 22,45 MNE (E98 1,39 €/l)
06.09.2022 16183 15,62 21,09 MNE
08.09.2022 16442 16,69 23,25 MKD 1427 (E95 1,39 €/l)
08.09.2022 16589 9,60 13,37 MKD 820,8
09.09.2022 16589 16,46 26,88 ALB 3160
10.09.2022 17104 19,52 31,73 ALB 3748
11.09.2022 17364 17,19 28,11 ALB 3300
13.09.2022 17576 15,63 25,95 ALB 3001
13.09.2022 17739 10,56 20,54 GR (1,945 €/l)
14.09.2022 18022 18,30 30,73 IT
15.09.2022 18315 19,18 32,01 IT
15.09.2022 18484 11,13 20,01 IT
17.09.2022 18736 16,69 30,01 IT
18.09.2022 18931 13,35 22,00 IT
18.09.2022 19165 15,92 24,98 IT
19.09.2022 19414 17,55 25,42 RSM (1,44 €/l)
19.09.2022 19654 16,02 28,02 IT
21.09.2022 19900 11,05 19,99 IT
21.09.2022 20046 14,13 25,00 IT
22.09.2022 20274 12,02 20,00 IT
23.09.2022 20460 18,63 32,77 AT
24.09.2022 20774 19,15 32,54 AT
25.09.2022 21084 18,81 30,00 FR SP98 (1,595 €/l avec ristourne gouvernementale)
25.09.2022 21304 16,13 26,58 LU

Liens & Routes


Crédits


Merci au groupe Reflex pour le support. Merci à Pascal B. et Danielle B. pour le travail de relecture.

Vos Commentaires


Votre avis vos commentaires et suggestions sont les bienvenus par email à l'adresse suivante